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L’ombre de l’accord Sykes-Picot plane sur l’Asie du Sud-Ouest
L’ombre de l’accord Sykes-Picot plane sur l’Asie du Sud-Ouest
Le plan anglo-français pour le partage du Moyen-Orient, à l’époque de la Première Guerre mondiale, jette une lumière instructive sur les tractations actuelles dans la région. On y retrouve les mêmes aspirations impériales, visant à redessiner la carte politique et à créer des sphères d’influence. Muriel Mirak-Weissbach, la correspondante de la revue Executive Intelligence Review pour l’Asie du Sud-Ouest, nous livre ici quelques réflexions sur l’accord Sykes-Picot de 1916.
Pourquoi Jacques Chirac mène-t-il une croisade pour un changement de régime à Damas, après avoir promu une campagne internationale pour expulser les troupes syriennes du Liban et reconfigurer le paysage politique à Beyrouth ? Est-ce à cause de l’assassinat de son vieil ami le Premier ministre libanais Rafic Hariri, comme certains l’affirment ? Tient-il le gouvernement syrien pour responsable du crime ?
Si tel est le cas, pourquoi le chef d’Etat français menace-t-il aussi l’Iran ? Le 19 janvier, Jacques Chirac a annoncé que la France aurait recours à l’arme nucléaire contre des Etats jugés « terroristes » et quiconque entend attaquer la France. Sa déclaration a été interprétée non seulement comme une adhésion à la doctrine de guerre nucléaire préemptive de Dick Cheney, mais comme une menace directe envers la République islamique d’Iran.
Jusque-là, c’était le Premier ministre britannique Tony Blair qui encourageait l’escalade des tensions vis-à-vis de la Syrie et, surtout, du programme nucléaire iranien. Ce sont les Britanniques qui insistaient pour transférer le dossier iranien au Conseil de sécurité de l’ONU, comme prélude à des frappes militaires. Maintenant, le gouvernement français les soutient. Pourquoi ?
« Les ombres de Sykes-Picot – le Foreign Office britannique soutenu par la France – ont joué un rôle dominant en Asie du Sud-Ouest », a déclaré Lyndon LaRouche le 6 janvier, en référence aux attaques contre la Syrie. Aujourd’hui, alors que la crédibilité américaine diminue dans le monde, en raison de l’attitude inadmissible du gouvernement Bush-Cheney, et que la coopération entre l’Allemagne et la Russie se renforce, y compris dans le domaine du gaz naturel, « Londres s’efforce de prendre le contrôle de la situation en Asie du Sud-Ouest, à la place du gouvernement américain. Ceci remet sur le devant de la scène de vieux modèles de manipulation de conflits datant du début du XXème siècle. »
On peut en effet difficilement comprendre les implications de la nouvelle orientation de la politique étrangère française depuis 2002-2003, sans les situer dans le contexte historique des accords que la France coloniale a passés au début du XXème siècle avec la Grande-Bretagne coloniale, pour la conquête et le partage d’importantes parties du Moyen-Orient. L’accord Sykes-Picot de 1916 fut un arrangement secret signé entre Anglais et Français pour redessiner la carte de l’Asie du Sud-Ouest, attribuant aux deux puissances coloniales des zones de contrôle direct et des sphères d’influence, comme nous le verrons plus loin.
Une version moderne de cet accord est prévue dans le plan Clean Break (Rupture nette). Rédigé en 1996 par un groupe de travail sous la direction de Dick Cheney, il fut adopté à l’époque par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et mis en œuvre à partir de la guerre d’Irak, en 2003. Ce plan prévoit des changements de régime (au moyen de guerres et de putschs) en Irak, en Syrie, au Liban et en Iran.
En 1991, la France s’est associée à l’opération Tempête du Désert, sans rien recevoir en retour. En 2002-2003, elle s’opposa aux plans de guerre anglo-américains et refusa de participer à la guerre. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne contrôlent de vastes réserves de pétrole dans l’Irak occupé et la France se retrouve de nouveau les mains vides. Une vieille impulsion impériale ressurgit et Paris veut sa part du gâteau.
La Première Guerre mondiale fut une guerre géopolitique de la Grande-Bretagne, orchestrée par le Prince de Galles (plus tard Edouard VII) bien avant son éclatement même, en vue de briser surtout la coopération entre l’Allemagne, grande puissance économique, et la Russie. Le fait que l’Allemagne de Bismarck, la Russie d’Alexandre II et d’autres pays encore commençaient à adopter le « système américain » de développement économique, qui avait fait ses preuves aux Etats-Unis, représentait une véritable menace pour le pouvoir impérial britannique. Le projet de chemin de fer Berlin-Bagdad incarnait, en quelque sorte, cette menace. Pour préserver l’hégémonie de son système financier oligarchique, sur lequel reposait son empire, la Grande-Bretagne opta pour la guerre.
Parallèlement, elle comptait démanteler l’Empire ottoman, qui se trouvait dans l’orbite allemande, et mettre en place des régimes fantoches dirigés par des monarques arabes, dans le contexte du partage global de la région en sphères d’influence. La France, trahissant l’intention de la République, allait devenir son partenaire, même si, comme il arrive souvent dans des accords entre forces impériales rivales, chacune entendait tromper l’autre.
La France avait déjà connu des rivalités inter-impérialistes avec la Grande-Bretagne, surtout en Afrique, où elle avait une sphère d’influence à protéger et, si possible, à étendre. Pour donner quelques grandes dates, depuis le XVIIème siècle, la France avait établi une présence en Afrique du Nord, à travers ses comptoirs commerciaux. Au milieu du XIXème siècle, elle avait occupé l’Algérie, puis Tunis, en 1881. En 1882, l’Angleterre s’empara de l’Egypte (le domaine de Napoléon près d’un siècle auparavant). En 1897, Lord Kitchener remporta la victoire sur le mouvement national soudanais dirigé par le Mahdi. L’Angleterre régnait en Egypte, et à travers elle, au Soudan. A Fachoda en 1898, elle mit fin à l’expansionnisme français. Puis, en vertu d’un accord conclu entre les deux rivaux en 1904, la France laissa les mains libres à l’Angleterre en Egypte, en échange d’une zone d’influence française au Maroc.
A la veille de la Première Guerre mondiale, toute l’Eurasie était dominée par les puissances impériales. La Russie avait acquis ce qu’on appelle aujourd’hui l’Asie centrale (Kazakhstan, Turkestan, les Khanates de Khiva, Boukhara, Tachkent, Merv, Samarkand), englobant la moitié de la Perse dans sa zone d’influence. La Grande-Bretagne détenait un autre morceau de la Perse, en vertu de l’accord anglo-russe de 1907, et contrôlait des émirats arabes dans la région du golfe Persique ; elle administrait l’Egypte, Chypre et Aden sur la mer Rouge, et l’Afghanistan se trouvait dans sa sphère d’influence.
Le reste (sauf le désert arabe) faisait partie de l’Empire ottoman, dont le Sultan régnait sur diverses populations ethniques : Slaves, Arabes, Grecs, Arméniens et Juifs. Chez les puissances impériales, la Russie orthodoxe revendiquait son droit de protéger les peuples orthodoxes, présents dans les Balkans et au Proche-Orient, tandis que les Français étaient les protecteurs des catholiques, notamment des chrétiens maronites dans les provinces syriennes.
Suite aux guerres des Balkans de 1912-1913, une guerre générale éclata, opposant l’Entente entre la France, la Russie et la Grande-Bretagne à l’Allemagne, l’Empire ottoman (à l’époque dirigé par le parti des Jeunes Turcs) et l’Empire austro-hongrois.

| Figure 1. Le Moyen-Orient en 1914. |
Le plan de guerre britannique (en dépit des querelles d’élite sur les détails) était simple et direct : faire en sorte que des forces arabes montent une révolte apparemment « autonome » contre l’oppresseur ottoman, briser l’Empire ottoman en mille morceaux et redessiner la carte avec des « Etats » arabes entièrement nouveaux, gouvernés par des fantoches britanniques (Figure 1). Les Français, qui soutenaient ce projet, devaient avoir leurs propres marionnettes dans les zones d’influence qui leur étaient réservées.
Le cerveau de cette opération était le maréchal Horatio Herbert Kitchener, connu comme le boucher du Soudan, qui occupait les fonctions de pro-consul en Egypte. En août 1914, il quitte ce poste pour devenir ministre de la Guerre, et dans le cadre des hostilités contre l’Empire ottoman, la Grande-Bretagne proclame son protectorat sur l’Egypte, aux dépens de celui-ci.
A la recherche d’un dirigeant arabe fantoche, Kitchener choisit le descendant de la dynastie hachémite, Hussein ibn Ali, émir et « chérif » de La Mecque. Hussein dirigeait alors le Hedjaz (au nord-ouest de l’Arabie saoudite, sur le golfe d’Akaba et la mer Rouge), placé sous la domination du sultan ottoman. A la prise du pouvoir par les Jeunes Turcs, en 1908, Hussein craint l’ingérence de ce nouveau pouvoir sur son territoire tandis que deux de ses fils, Abdallah et Fayçal, tous deux députés au Parlement ottoman, redoutent le renversement de leur père par ce même régime. Ils sont donc réceptifs aux avances faites par les Britanniques.
C’est Gilbert Clayton, l’agent au Caire de sir Henry McMahon, le nouveau proconsul d’Egypte, qui avait encouragé Kitchener à prendre contact avec la famille de l’émir de la Mecque. Clayton entretient des contacts avec divers groupes d’exilés et autres sociétés secrètes arabes au Caire, qui semblent penser que d’autres dirigeants arabes seraient prêts à se rebeller contre le Sultan à condition de pouvoir se rallier derrière un dirigeant fiable.
Dans un mémorandum adressé le 6 septembre 1914 à Kitchener, Gilbert Clayton propose comme favori des Britanniques le fils Abdallah, qui aurait le soutien d’autres dirigeants arabes. Abdallah avait rencontré Kitchener en 1912 ou 1913, et à nouveau en 1914, ainsi que Ronald Storrs, le secrétaire de Kitchener au Caire. Avant de trancher, le ministre de la Guerre veut connaître l’attitude des autres dirigeants arabes en cas de guerre, et dans cette optique, il dicte à Storrs, par télégramme, ce qu’il doit dire à Abdallah :
« Si la nation arabe soutient l’Angleterre dans cette guerre que la Turquie lui a imposée, l’Angleterre assurera l’absence de toute intervention interne en Arabie et accordera aux Arabes toute assistance contre une agression étrangère. »
Dans une dépêche ultérieure en provenance du bureau du Caire, il est précisé que les Arabes de « Palestine, Syrie et Mésopotamie » obtiendront leur indépendance, garantie par la Grande-Bretagne, s’ils se soulèvent contre l’Empire ottoman.
Ainsi, Kitchener et son groupe encouragent les Arabes à se rebeller contre les Ottomans en échange de leur « indépendance » – ce qui n’a certes pas la même signification pour tous les protagonistes. Tandis que les Arabes aspirent à une véritable indépendance, les Anglais cenvisagent plutôt une autonomie locale dans le cadre d’un protectorat britannique, voire même sous administration britannique directe. Storrs, par exemple, prône la création d’un « empire égyptien », dont le chérif de La Mecque serait le calife, flanqué d’un roi d’Egypte, supervisé, toutefois, par Kitchener.
Quant à Hussein, il fait clairement savoir qu’il réclame la souveraineté sur un vaste royaume arabe, qui serait véritablement indépendant. Après avoir sondé des sociétés secrètes arabes à Damas et ailleurs, par l’intermédiaire de son fils Fayçal, il s’assure qu’elles soutiendront une révolte, à condition que les Anglais garantissent l’indépendance arabe. Dans une lettre au Haut Commissaire britannique, datée du 4 juillet 1915, Hussein pose ses conditions, qui contiennent des revendications formulées dans le Protocole de Damas, un document préparé par les forces arabes en Syrie :
« En échange de sa coopération qui doit le conduire à contrôler toute la péninsule arabique, la Mésopotamie, la Syrie, la Palestine et une partie de la Cilicie, le Chérif Hussein formule les demandes suivantes :
« 1. L’indépendance des Arabes limitée dans un territoire comprenant au Nord Mersine, Adana et limité ensuite par le 37ème parallèle jusqu’à la frontière persane : la limite Est devrait être la frontière persane jusqu’au Golfe de Bassorah ; au Sud, le territoire devait border l’océan Indien, tout en laissant de côté Aden ; à l’Ouest enfin, il devait y avoir pour limite la Mer Rouge et la Méditerranée jusqu’à Mersine.
« 2. La Grande Bretagne devait reconnaître l’établissement d’un califat arabe et l’abolition des capitulations. En contrepartie, le Chérif se déclarait prêt à accorder une préférence dans toute entreprise économique des pays arabes à la Grande Bretagne, pourvu que les autres circonstances fussent égales.
« 3. Une alliance défensive militaire devait être conclue. Dans le cas où l’une des parties contractantes entreprendrait une guerre offensive, l’autre devrait garder une stricte neutralité.*
* Toutes les citations de documents officiels viennent du site medintelligence.free.fr )
Le Haut Commissaire en Egypte, Sir Henry McMahon, répondit aux demandes d’Hussein. Dans une note jointe à sa lettre datée du 24 octobre 1915, McMahon écrit :
« Les districts de Mersina et d’Alexandrette, et les parties de la Syrie situées à l’Ouest des districts de Damas, Homs, Hamah et Alep ne peuvent être considérés comme purement arabes et doivent être exclus des limites et frontières envisagées. Avec les modifications ci-dessus et sans préjudice de nos traités actuels avec les chefs arabes, nous acceptons ces limites et frontières ; et en ce qui concerne, à l’intérieur de ces limites, les parties de territoires où la Grande Bretagne est libre d’agir sans porter atteinte aux intérêts de son alliée, la France, je suis autorisé par le gouvernement britannique à vous donner les assurances suivantes et à faire la réponse suivante à votre lettre :
« Sous réserve des modifications ci-dessus, la Grande Bretagne est disposée à reconnaître et à soutenir l’indépendance des Arabes à l’intérieur des territoires compris dans les limites et frontières proposées par le Chérif de la Mecque.
« La Grande Bretagne garantira les Lieux Saints contre toute agression externe et reconnaîtra leur individualité. Si la situation le permet, la Grande Bretagne mettra à la disposition des Arabes ses conseils et les aidera à l’établissement de la forme de gouvernement qui semble le plus convenable pour ces différents territoires. D’un autre coté, il est entendu que les Arabes ont décidé de chercher les conseils et l’aide de la Grande Bretagne seulement, et que les conseillers et fonctionnaires européens, dont ils pourraient avoir besoin pour la formation d’une administration stable, seront des Anglais. En ce qui concerne les vilayets de Bagdad et de Bassorah, les Arabes reconnaîtront que la situation et les intérêts de l’Angleterre nécessitent des mesures spéciales de contrôle administratif afin de sauvegarder ces territoires d’une agression étrangère et de pourvoir au bien-être de la population locale, ainsi que de sauvegarder nos intérêts économiques mutuels. »*
Hussein obtient donc de vagues assurances mais pas d’engagement explicite en faveur de l’indépendance du royaume arabe qu’il appelle de ses voeux.
Le Bureau indien de l’Empire britannique est opposé à l’idée d’un calife arabe (avec ou sans roi) qui règnerait sur un empire arabe contrôlé par les Anglais. Outre l’Inde, ce bureau est chargé des affaires de Perse, du Tibet, d’Afghanistan et de l’est de l’Arabie, et considère ces régions, ainsi que la Mésopotamie, comme relevant de sa responsabilité. Il fait valoir que les musulmans dans sa sphère d’influence n’accepteraient pas un calife arabe, lui préférant un Turc. Et s’il fallait choisir un Arabe, ce serait plutôt Adbul Aziz ibn Saud, un rival de Hussein.
A l’époque, le Bureau indien dans sa majorité est d’avis que, s’il doit y avoir invasion et occupation de la Mésopotamie, c’est à lui de s’en charger. Voici le message que le gouverneur des Indes, Charles Hardinge, communique à sir Mark Sykes, lors d’une mission d’information en 1915. Hardinge parle pour le Bureau indien en jugeant absurde toute discussion sur l’« indépendance » des Arabes, étant donné que les Arabes sont incapables de s’autogouverner.
En 1916, le Bureau arabe sera créé pour coordonner cette politique et contrer l’opposition, notamment celle du Bureau indien. C’est une idée de sir Mark Sykes, un jeune conservateur élu à la Chambre des Communes quatre ans auparavant et qui passe pour un spécialiste de l’Empire ottoman. Ayant servi personnellement auprès de Kitchener, Sykes en est devenu l’instrument. Le Bureau arabe opère à partir du Caire, au sein du département du Renseignement, mais son vrai chef est Kitchener lui-même. Son directeur en titre est l’archéologue David Hogarth, un agent du renseignement ayant collaboré avec Clayton. Le Bureau arabe compte également T.E. Lawrence, plus connu sous le nom de « Lawrence d’Arabie », qui dirigera certaines des campagnes militaires des « chefs arabes ». En gros, le Bureau arabe a pour tâche d’étendre la mainmise de la Grande-Bretagne sur l’Arabie, à partir de l’Egypte.
Les Français sont loin d’être enthousiastes pour les scénarios anglais. Le parti colonial français a des visées sur le Liban et la Syrie, considérés comme appartenant « intrinsèquement » à la France. Leur revendication se base sur des faits historiques remontant à l’époque des Croisades, ainsi que sur le statut de « protection » que la France octroie aux populations catholiques de la région, notamment au Mont Liban, près de la côte syrienne.
Les Anglais ne sont cependant pas prêts à accorder des concessions aussi importantes. Clayton allègue, en accord avec Sykes, que si des armées arabes se lancent dans la guerre aux côtés des Anglais, cette dynamique contribuera de manière décisive à une victoire rapide, y compris sur le front européen. En fait, la Grande-Bretagne se trouve face à un dilemme. D’une part, le déploiement de forces britanniques au Moyen -Orient réduirait forcément leur présence sur le théâtre européen, alourdissant par conséquent l’effort de guerre que la France aurait à consentir ; il faut donc promettre à la France quelques concessions. D’autre part, pour recruter les armées arabes requises, au-delà des forces de Hussein, il faut aussi faire des concessions aux Hachémites, qui risquent d’entrer en contradiction avec les ambitions françaises. C’est ainsi que McMahon précise, dans sa correspondance, que Hussein doit abandonner ses revendications sur « les parties de la Syrie situées à l’Ouest des districts de Damas, Homs, Hamah et Alep », c’est-à-dire les régions côtières de Palestine, du Liban et de Syrie, revendiquées par la France. Hussein réclame néanmoins Beyrouth et Alep, tout en confirmant son opposition de principe à toute présence française en Arabie.
Devant ses revendications conflictuelles, il fallait bien faire participer la France aux tractations. Le Foreign Office invite donc la France à envoyer un délégué à Londres pour déterminer ce que l’on pourrait offrir à Hussein. Voilà l’origine de l’accord Sykes-Picot.
Le 23 novembre 1915, François George Picot arrive dans la capitale britannique pour négocier avec les Anglais. Fils d’une famille coloniale, il représente le point de vue politique du « parti syrien » en France, selon lequel la Syrie et la Palestine, considérées alors comme un seul pays, sont propriété française pour des raisons historiques, économiques et culturelles. Lors des négociations, Picot fait prévaloir que la France doit exercer un contrôle direct sur les régions côtières et un contrôle indirect sur le reste de la Syrie (par le biais d’un régime fantoche) et sur le territoire s’étendant à l’est jusqu’à Mossoul.

| Figure 2. Le partage du Moyen-Orient prévu dans l’accord Sykes-Picot. |
Les dispositions de l’accord, signé le 16 mai 1916, semblent satisfaire ces demandes (Figure 2) :
« Il demeure entendu que :
« La France et la Grande-Bretagne sont disposées à reconnaître et à soutenir un Etat arabe indépendant ou une confédération d’Etats arabes dans les zones (A) et (B) indiquées sur la carte ci-jointe, sous la suzeraineté d’un chef arabe. Dans la zone (A) la France et dans la zone (B) la Grande-Bretagne auront un droit de priorité sur les entreprises et les emprunts locaux. Dans la zone (A) la France et dans la zone (B) la Grande-Bretagne seront seules à fournir des conseillers ou des fonctionnaires étrangers à la demande de l’État arabe ou de la confédération d’Etats arabes.
« Dans la zone bleue la France et dans la zone rouge la Grande-Bretagne seront autorisées à établir telle administration directe ou indirecte ou tel contrôle qu’elles désirent et qu’elles jugeront convenable d’établir, après entente avec l’État ou la confédération d’Etats arabes.
« Dans la zone brune sera établie une administration internationale dont la forme devra être décidée après consultationavec la Russie et, ensuite, d’accord avec les autres alliésetles représentants du chérif de La Mecque.
« Il sera accordé à la Grande-Bretagne : 1. les ports de Haïfa et d’Acre ; 2. la garantie d’une quantité définie d’eau du Tigre et de l’Euphrate dansla zone (A) pour la zone (B). Le gouvernement de Sa Majesté, de son côté, s’engage à n’entreprendre, à aucun moment, des négociationsen vue de la cession de Chypre à une tierce puissance sans le consentement préalable du gouvernement français.
« Alexandretteseraunport franc en ce qui concerne le commerce de l’Empire britannique, (…) il y aura libre transit pour les marchandises anglaises par Alexandrette et par chemin de fer à travers la zone bleue, que ces marchandises soient destinées à la zone rouge, la zone (B), la zone (A) ou en proviennent ; et aucune différence de traitement ne sera établie (directement ou indirectement) aux dépens des marchandises anglaises sur quelque chemin de fer que ce soit, comme aux dépens de marchandises ou de navires anglais dans tout port desservant les zones mentionnées.
« Haïfa sera un port franc en ce qui concerne le commerce de la France, de ses colonies et de ses protectorats (…) Il y aura libre transit pour les marchandises françaises par Haïfa et par le chemin de fer anglais à travers la zone brune (…)
« Dans la zone (A), le chemin de fer de Bagdad ne sera pas prolongé vers le sud au-delà de Mossoul, et dans la zone (B), vers le nord au-delà de Samarra, jusqu’à ce qu’un chemin de fer reliant Bagdad à Alep dans la vallée de l’Euphrate ait été terminé, et cela seulement avec concours des deux gouvernements.
« La Grande-Bretagne aura le droit de construire, d’administrer et d’être seule propriétaire d’un chemin de fer reliant Haïfa avec la zone (B). Elle aura en outre un droit perpétuel de transporter ses troupes, en tout temps, le long de cette ligne. Il doit être entendu par les deux gouvernements que ce chemin de fer doit faciliter la jonction de Bagdad et Haïfa, et il est de plus entendu que si les difficultés techniques et les dépenses encourues pour l’entretien de cette ligne de jonction dans la zone brune en rendent l’exécution impraticable, le gouvernement français sera disposé à envisager que ladite ligne puisse traverser le polygone Banias-Keis Marib-Salkhad- Tel Hotsda-Mesmie avant d’atteindre la zone (B). (…)
« Il sera entendu que le gouvernement français n’entreprendra, à aucun moment, aucune négociation pour la cession de ses droits et ne cédera les droits qu’il possédera dans la zone bleue à aucune autre tierce puissance, si ce n’est l’Etat ou la confédération d’Etats arabes, sans l’agrément préalable du gouvernement de Sa Majesté qui, de son côté, donnera une assurance semblable au gouvernement français en ce qui concerne la zone rouge.
« Les gouvernements anglais et français, en tant que protecteurs de l’Etat arabe, se mettront d’accord pour ne pas acquérir, et ne consentiront pas à ce qu’une tierce puissance acquière de possessions territoriales dans la péninsule arabique, ou construire une base navale dans les îles, ou sur la côte est de la mer Rouge. Ceci toutefois n’empêchera pas telle rectification de la frontière d’Aden qui pourra être jugée nécessaire, par suite de la récente agression des Turcs.
« Les négociations avec les Arabes pour les frontières de l’Etat ou de la confédération d’Etats arabes continueront, par les mêmes voies que précédemment, au nom des deux puissances. »*
Pour conclure, le document précise que les gouvernements russe et japonais seront informés et que les revendications italiennes seront prises en compte.
Au départ, cet accord reste secret. Sykes se rend à Petrograd pour informer les Russes de l’accord et obtenir leur consentement. Il ignore alors que les Français ont, dans le plus grand secret, conclu un accord séparé avec les Russes concernant la Palestine. Le négociateur Aristide Briand a obtenu le soutien russe pour un contrôle français de la Palestine alors que celle-ci, d’après l’accord Sykes-Picot, devait relever d’une administration internationale. L’accord Sykes-Picot restera secret jusqu’à ce que des documents soient retrouvés en Russie en janvier 1918, au lendemain de la révolution bolchevique, et dont le contenu est communiqué au gouvernement ottoman.
Conclure un accord secret entre puissances impériales pour se partager les dépouilles de l’Empire ottoman, après son démantèlement, est une chose. Vaincre militairement les Ottomans en est une autre. Pour y arriver, nous l’avons vu, les Anglais ont opté pour une révolte arabe.
Ils sont convaincus d’après leurs rapports de renseignement que les masses arabes soutiendront une révolte dirigée par Hussein. Or, lorsque la révolte est effectivement lancée dans le Hedjaz, au début de juin 1916, les centaines de milliers d’Arabes qui devaient déserter les rangs de l’armée ottomane pour s’y joindre, manquent au rendez-vous. A la place, il faut déployer des avions et des navires britanniques avec des troupes musulmanes en provenance de l’Egypte britannique et d’autres possessions de l’empire. La révolte militaire restant faible et certains doutant fort de son succès, T.E. Lawrence propose alors que les bédouins d’Hussein soient enrôlés pour mener une guérilla dirigée par les Britanniques. Les Français proposent, de leur côté, d’envoyer dans le Hedjaz des musulmans venant de l’Empire français, pour servir de conseillers militaires. Les Anglais maintiennent cependant que les Arabes n’accepteront pas de forces chrétiennes à leurs côtés. C’était l’explication officielle ; en fait, les Anglais voulaient éviter toute ingérence française.
Le 6 juillet 1917, T.E. Lawrence mobilise (moyennant paiement en or) une confédération de bédouins pour s’emparer du port d’Akaba. Cette pratique consistant à acheter des éléments arabes comme soldats irréguliers avait valu à Lawrence le surnom de « l’homme avec de l’or ». Après la prise d’Akaba, le nouveau commandant, le général Sir Edmund Allenby, accepte que des bédouins se battent aux côtés des forces britanniques dans les campagnes de Palestine et de Syrie.
Auparavant, le ministre de la Guerre Lloyd George avait ordonné aux troupes d’Egypte britannique de préparer l’invasion de la Palestine. Se méfiant des intentions anglaises, les Français expédient Picot pour accompagner la mission, tandis que les Anglais, tout aussi soupçonneux, envoient Sykes sur place comme médiateur. (Sykes avait été chargé entre-temps de la mission politique, devenant commandant-en-chef des Forces expéditionnaires en Egpyte.) Les Français, ayant signé un accord secret avec les Russes, ont leurs propres revendications vis-à-vis de la Palestine. L’invasion anglo-égyptienne a pour objectif d’assurer la mainmise anglaise sur la Palestine et ordre est donné de ne rien promettre aux Arabes qui s’y associent.
Nommé nouveau commandant en juin 1917, le général Allenby est envoyé en Egypte pour diriger l’invasion de la Palestine. Lloyd George avait exprimé son souhait que Jérusalem soit prise avant Noël et, effectivement, le 11 décembre, Allenby entre dans Jérusalem avec ses officiers par la Porte de Jaffa, déclarant la loi martiale. Il signifie à Picot que la ville restera sous administration militaire britannique un certain temps et Ronald Storrs est nommé gouverneur militaire. Lloyd George avait reçu son cadeau de Noël !
Par ailleurs, après l’échec de la tentative du Bureau indien de prendre Bagdad en 1915, un nouveau commandant en chef, le général Stanley Maude, est nommé. Ce dernier envahit la Mésopotamie et prend Bagdad le 11 mars 1917. Le 16, on met sur pied un Comité d’administration de Bagdad sous la supervision de Lord Curzon (ancien gouverneur des Indes), qui doit décider du sort des provinces de Bassorah et de Bagdad : la première, à forte majorité chiite, deviendra britannique, tandis que l’antique capitale Bagdad sera « arabe », mais sous protectorat britannique.
Dans un texte approuvé par le Cabinet de Guerre, Sykes appelle les chefs arabes à se joindre aux Anglais, leur promettant la liberté et l’indépendance. Ce texte évoque une confédération du Moyen-Orient arabe que dirigerait le roi sunnite Hussein ou l’un de ses fils.
Après la Palestine et la Mésopotamie, on en arrive ensuite à la conquête de la Syrie. En septembre 1918, Allenby prend Megiddo (« Armageddon ») avant de se diriger sur Damas. Suivant l’accord Sykes-Picot, cette ville doit être mise sous administration arabe, et de facto sous contrôle français, même si les Anglais y ont la suprématie militaire. Dès la chute de la ville, le drapeau de Hussein (conçu par Sykes) y sera hissé. Les Français ne contrôlent directement que les régions côtières, et l’intérieur doit devenir indépendant, gouverné par un pouvoir hachémite soutenu par des conseillers français.
Fayçal et ses troupes arrivent plus tard que prévu, mais arrivent quand même, ce qui permet à Lloyd George de dire, en 1919, que les forces de Fayçal ont contribué à la conquête de la Syrie et que, par conséquent, c’est lui qui doit administrer la Syrie – chapeauté, bien entendu, par la Grande-Bretagne.
Lors d’une réunion avec Fayçal, Allenby lui dicte les conditions de son pouvoir : en tant que représentant d’Hussein, Fayçal administrera la Syrie (moins la Palestine et le Liban) sous la protection française et sera secondé, dans cette optique, par un officier de liaison français. Fayçal rechigne contre le rôle français, mais par solidarité militaire, Allenby insiste sur la présence d’un officier.
De Damas, Fayçal marche sur Beyrouth, où il arrive le 5 octobre, amenant les Français alarmés à déployer des canonnières et des troupes. Sur ordre d’Allenby, Fayçal est obligé de quitter Beyrouth et Picot est nommé représentant politique et civil de la France, sous l’autorité d’Allenby.
Vers cette époque, certains dirigeants britanniques commencent à se demander s’il est vraiment sage de tenir les promesses faites à la France dans le cadre de l’accord Sykes-Picot. Pour Lloyd George, ce traité est « inapplicable », vu que la Grande-Bretagne a fourni le plus gros de l’effort de conquête, pour Curzon, il est « obsolète », et même Sykes exprime des doutes. Evidemment, les Anglais cherchent à consolider leur propre emprise sur le Moyen-Orient, aux dépens de la France dont la présence devrait être, de leur point de vue, limitée au Liban.
La Turquie et l’Allemagne ayant indiqué qu’elles étaient prêtes à ouvrir des pourparlers de paix, une conférence est organisée avec la première à bord du navire britannique Agammemnon le 27octobre 1918 à Lemnos, en mer Egée … en l’absence des Français ! La Turquie accepte les conditions de l’armistice, obligeant les Jeunes Turcs à s’enfuir pour sauver leur vie. En Europe, l’armistice sera signé le 11 novembre 1918.
Pour empêcher la France de prendre le contrôle de la Syrie, les Anglais insistent sur le rôle de Fayçal et de ses 100 000 soldats (chiffre totalement exagéré) dans la « libération » de la Syrie et son opposition à toute implication française. C’est la position défendue par Lloyd George à la Conférence de Paix qui s’ouvre en 1919 à Paris, et à laquelle il tente de rallier le président américain Woodrow Wilson. Un Fayçal financé par les Anglais et constamment accompagné de son contrôleur T.E. Lawrence, joue volontiers le jeu. La Grande-Bretagne exerce ainsi un contrôle de fait sur la Syrie, même si elle est administrée par de grandes familles arabes.
Cependant, comme l’occupation militaire coûte cher, à la fois sur les plans économique et politique, Londres finit par abandonner ses revendications sur la Syrie, la laissant à Fayçal et aux Français. En janvier 1920, le premier conclut un accord secret avec le Premier ministre français George Clemenceau, prévoyant l’« indépendance » formelle de la Syrie sous tutelle française – c’est-à-dire avec des conseillers français.
Le règlement définitif (au moins provisoire) est conclu au début de 1920 et consacré dans le traité de Sèvres. Pour ce qui est du Moyen-Orient, les conditions sont les suivantes : la Syrie, y compris le Liban, et la Cicilia reviennent à la France, dans l’optique d’une indépendance future ; la Grande-Bretagne reçoit la Mésopotamie (Irak) et la Palestine, tout en exerçant une protection sur l’Arabie (le Hedjaz), ce qui signifie, en clair, qu’elle sera officiellement « indépendante » mais gouvernée par des monarques fantoches des Anglais ; l’Egypte, Chypre et la côte du golfe Persique rentrent formellement dans la sphère d’influence anglaise ; l’Italie obtient Rhodes et le Dodecanèse et exerce son influence sur Adalya (en Turquie).
En mars 1920, Fayçal est proclamé roi par le Congrès national syrien, qui avait opté un an auparavant pour un royaume constitutionnel, une grande Syrie comprenant le Liban, la Transjordanie et la Palestine. Mais peu après, en juillet, les Français lancent une offensive militaire dirigée par le général Henri Eugène Gouraud pour occuper Damas. La Syrie sera entièrement soumise au mandat français et Fayçal envoyé en exil. Il deviendra cependant, avec la bénédiction britannique, roi d’Irak.
Quant à l’Iran (la Perse à l’époque), les Anglais assurent leur propre contrôle grâce à l’accord anglo-perse de 1919 conclu avec Ahmad Shah.
Lors de la conférence du Caire en 1922, alors que des émeutes anti-britanniques se déroulaient depuis le début de 1919, la Grande-Bretagne accorde à l’Egypte une indépendance formelle, abandonnant officiellement son protectorat. Déclarant l’Egypte une monarchie constitutionnelle, la Grande-Bretagne se réserve tout de même certains « droits » : elle est chargée de sa défense (c’est-à-dire le droit de stationner des forces armées sur le territoire égyptien), de la sécurité du canal de Suez, de la gestion du Soudan, du contrôle des communications impériales et des affaires étrangères. Fuad 1er devient roi le 15 mars 1922 et établit en 1928 un régime dictatorial.
C’est lors de cette conférence du Caire que Fayçal est reconnu monarque d’Irak et son frère, Abdallah, émir de Transjordanie. On tente de conférer à Fayçal une légitimité populaire en orchestrant un plébiscite, entre autres. Quant à son frère, il assume ses fonctions à Amman, avec l’aide du spécialiste du renseignement britannique John Philby et avec le soutien de la Légion arabe, commandée par le colonel britannique F.G. Peak, puis Glubb Pacha. En 1923, la Transjordanie sera séparée de la Palestine et servira de zone tampon contre le reste de l’Arabie.
Une question qui n’a été ni abordée ni débattue dans les traités est celle du pétrole. La compétition entre la France et l’Angleterre pour les vastes réserves pétrolières de Mossoul devient critique. Lors de la conférence de San Remo en 1920, elles concluent un accord secret pour le partage du pétrole. Lorsque les Américains en ont vent, ils s’opposent au monopoly et réclament leur part du gâteau. En vertu du traité de Mossoul de 1926, l’Irak exerçait un contrôle officiel sur la région pétrolière et les royalties devaient être réparties entre les compagnies pétrolières britanniques (52,5 %), américaines (21,25 %) et françaises (21,25 %).
En Arabie, Hussein revendique le titre de calife en 1924, ce qui est rejeté par son rival Abdoul Aziz ibn Saud. (Hussein s’était proclamé « Roi de tous les Arabes » à la fin de 1916, mais la Grande-Bretagne, la France et l’Italie ne lui reconnaissaient que le titre de roi du Hedjaz). Le wahhabite ibn Saud déclare la guerre à Hussein et, après la chute des villes saintes de La Mecque et Médine, inflige la défaite aux Hachémites. Hussein abdique et son fils Ali renonce au trône. Ainsi, ibn Saud, le favori du Bureau indien, est proclamé roi du Hedjaz et du Najd en 1926.
Au cours des marchandages, la Palestine, revendiquée par la Grande-Bretagne, était censée devenir indépendante à terme. Cette question est la plus compliquée de toute l’histoire de la région et mérite une étude qui va bien au-delà du sujet de cet article. Nous ne ferons par conséquent que quelques observations rapides à ce propos.
Tout en promettant au Hachémite Hussein et à ses fils un royaume arabe et l’indépendance, les Anglais promettaient simultanément aux Juifs un foyer en Palestine. Dans la Déclaration de Balfour du 2 novembre 1917 (du nom d’Arthur Balfour, à l’époque ministre des Affaires étrangères), il est dit :
« Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et statuts politiques dont jouissent les Juifs dans tout autre pays. »
En vertu de l’accord Sykes-Picot, les Lieux Saints en Palestine devaient être placés sous mandat international. Cependant, l’administration des Lieux Saints ne fut jamais qu’une affaire administrative. Depuis au moins l’époque des Croisades, les puissances européennes ont tenté d’établir leur influence politique à Jérusalem par le biais de leurs institutions religieuses, tout comme les Russes avec les sites de l’Eglise orthodoxe russe, de même que les Arméniens et, bien entendu, les habitants de la région, chrétiens, musulmans et juifs.
Les Français, qui avaient leurs propres visées sur la Palestine, craignaient que le soutien britannique au sionisme se traduise par l’emprise de la Grande-Bretagne sur la région. Les Anglais disaient aux Arabes qu’ils n’avaient pas l’intention de favoriser la création d’un Etat juif, tout en affirmant aux représentants sionistes que telle était bien leur intention. Les affrontements judéo-arabes qui éclatèrent en 1919 avaient été programmés par les Anglais pour empêcher Arabes et Juifs d’unir leurs forces. Le 24 juillet 1922, la Société des Nations accorda à la Grande-Bretagne le mandat sur la Palestine.
L’attitude des dirigeants politiques britanniques était parfaitement cynique, sachant que même les plus « pro-sionistes » d’entre eux étaient antisémites. Il semble que Sykes était anti-juif à l’extrême, mais qu’il détestait encore plus les Arméniens : « Même les Juifs ont leur bon côté, alors que les Arméniens n’en ont aucun », écrivait-il.
Sykes n’était pas pour autant pro arabe. Il aurait écrit que les Arabes urbains étaient « couards », « insolents et méprisables », « vicieux au point que le leur permettent leurs corps affaiblis », tandis que les Arabes bédouins étaient « des animaux (…) rapaces, cupides ».
Aujourd’hui, les Anglais se trouvent à nouveau à Bassorah, protégeant ses riches champs de pétrole, tandis que leurs partenaires, Bush et Cheney, luttent pour maintenir leur contrôle sur Bagdad. Les Anglo-Américains ont promis aux Irakiens l’« indépendance », la « souveraineté », la « liberté » et la « démocratie ». Des unités militaires arabes, organisées en milices ou suivant des clans, se battent aux côtés des armées anglo-américaines, comme elles le firent avec Lawrence d’Arabie, non contre un autre empire, mais contre le peuple irakien qui se soulève contre ce nouveau joug impérialiste.
La Palestine reste la victime du conflit israélo-arabe que les grandes puissances n’ont pas voulu résoudre. On promet solennellement la création d’un Etat palestinien, tout en s’engageant à défendre le droit d’exister d’Israël. Mais aucune option viable pour la réalisation d’un projet de paix n’est avancée.
L’Iran se trouve dans la ligne de mire, enjeu des intérêts rivaux entre la Russie et les Anglo-Américains. Et les Français lorgnent sur la Syrie et le Liban.
Il est grand temps de tirer les leçons de l’histoire.
Recours à la propagande des stratèges de la guerre mondiale: Comment Henry Kissinger veut appeler les Allemands à la guerre
Recours à la propagande des stratèges de la guerre mondiale: Comment Henry Kissinger veut appeler les Allemands à la guerre
Lorsque, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Américains avaient disputé aux Britanniques leur empire mondial, lorsqu’ils avaient évincé les puissances coloniales d’antan, notamment la France, et commencèrent à construire leur propre hégémonie qui, d’ailleurs, ne reposait pas moins sur la suppression et la domination, la violence et l’exploitation, ils se heurtèrent à un problème majeur: avec l’Union soviétique, ils avaient affaire à un deuxième vainqueur de la guerre qui, quoique complètement exsangue, poursuivait sa propre politique impériale qui reposait sur des données matérielles aussi bien qu’idéologiques.
par Karl Muller, Allemagne
Une nouvelle guerre qui se dirigerait ouvertement contre cette grande puissance n’était pas soutenable, même si, au sein de l’administration étatsunienne, il y en avaient qui caraissaient cette idée et qui auraient applaudi si la guerre froide qui s’annonçait s’était transformée en guerre chaude. Mais on se défendait pourtant de pousser la folie à ce point-là.
Déjà à cette époque-là, les Etats-Unis offraient au monde le répertoire particulier à eux, connu entre-temps partout: on affichait une idéologie recousue en patchwork – à l’époque il s’agissait de celle du «containment» qui exigeait d’endiguer la communauté des Etats socialistes représentée comme entièrement méchante (Le communisme mondial est comparable à «un parasite malin se nourrissant uniquement de tissu malade», selon George F. Kennan, à l’époque conseiller de la politique étrangère américaine, dans une affirmation de 1946 qui se trouve dans pratiquement tous les manuels d’histoire), tandis qu’on réalisait en effet une politique ultra-rigide de pure défense de ses propres intérêts et d’hégémonie.
Ce même George F. Kennan a déclaré, à cette même époque, pendant une audition du Congrès non publique: «Nous devons, partout et sans relâche, diriger notre attention sur nos aspirations nationales imminentes. Nous ne devons pas être dupes de l’illusion de pouvoir nous payer le luxe de l’altruisme et de la bienfaisance à dimension mondiale. Nous devrions arrêter de nous répandre sur des buts tellement vagues tels que les droits de l’homme, l’augmentation du niveau de vie et la démocratisation. Le jour s’annonce où nous serons contraints à baser notre action sur la seule philosophie sobre de l’hégémonie.»
Les méthodes de l’exercice du pouvoir étatsunien varient de continent en continent et de pays en pays. En Asie, en Afrique ou en Amérique latine, on était prêt à mener soi-même la guerre si nécessaire ou à inciter des régimes fantoches à mener la guerre à sa place.
Quant à la partie européenne ne se trouvant pas sous l’administration soviétique, on misait entièrement sur les liens très étroits qui existaient dans les domaines politique, culturel et économique, sur l’alliance militaire de l’OTAN présidée par les Etats-Unis et l’infiltration des services secrets. Le but en était de trouver des partisans – peut-être pas dans les détails, mais dans l’essentiel.
L’Allemagne a toujours été un cas à part. Si au début, la politique américaine avait comme but l’entière soumission et l’épuisement de l’ancien ennemi, la guerre froide en a marqué un tournant stratégique.
Les anciennes zones occidentales d’occupation, réunies en 1949 sous forme de République fédérale, devaient être la place forte européenne contre le communisme, en même temps les nouvelles (et les anciennes!) élites allemandes devaient s’aligner au point qu’on puisse exclure à jamais que l’Allemagne ne redevienne le centre d’une politique autonome au sein de la partie européenne sous contrôle américain.
On attendait un maximum d’avantages d’une Europe organisée de manière supra-nationale, le plus centraliste possible et fustigée par la bureaucratie dans laquelle se retrouvaient solidement intégrés les ennemis d’antan, la France et l’Allemagne.
C’est un fait établi, aujourd’hui, que les administrations étatsuniennes de l’époque ont exercé une influence décisive sur les débuts de l’Europe moderne des CE et UE (ainsi l’idée forte du mémoire de qualification pour l’enseignement supérieur de Beate Neuss, datant de 1999 et intitulé «Geburtshelfer Europas? Die Rolle der Vereinigten Staaten im europäischen Integrationsprozess 1945-1958», 1997, ISBN 3-7890-6384-3; (Accoucheurs de l’Europe? Le rôle des Etats-Unis dans le processus d’intégration européen des années 1945 à 1958))
Les stratégies américaines jusqu’à celle de Zbigniev Brzezinski («Le Grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde», ISBN 2-2271-3519-0) ont prôné «l’engagement américain en faveur de l’unité européenne», mais seulement à condition que cette Europe unifiée soit conforme aux intérêts des Etats-Unis: «Avant que les Etats-Unis participent à la construction de l’Europe, ils doivent se rendre compte de quelle Europe ils veulent et savoir quelle Europe ils sont prêts à favoriser.»
Dans les décennies passées, notamment depuis le temps de la transformation de la politique étrangère des Etats-Unis en pure politique de force à la suite de l’écroulement des Etats socialistes au début des années 90, la circonstance qu’on leurrait les peuples européens avec l’idée que l’Europe unifiée serait le grand projet européen de la paix représentait toujours un obstacle considérable.
On légitimait donc les restrictions des droits nationaux souverains avec la nécessité des pays européens à contribuer, après les innombrables sacrifices de deux guerres mondiales, à ce que l’Europe redevienne le continent de la paix.
C’est cette légitimation-là qui explique en partie pourquoi les Allemands, en dépit de toute critique concrète, ont toujours pris une attitude en principe positive quant à l’Union européenne. Et il n’est pas de pays dans l’Europe de l’UE où l’acceptation de mener des guerres dans des pays lointains soit aussi mince que parmi la population allemande. Il s’agit là de l’acquis le plus précieux des expériences allemandes, extrêmement amères.
Le sinistre maître-penseur de la stratégie étatsunienne, Henry Kissinger, a compris qu’il n’arrivera pas à appeler les Allemands à la guerre au nom de l’Europe. Or, rhétoriquement il remonte aux temps avant 1945 (« … que la nation a le droit de leur imposer des sacrifices»), essayant de réveiller les esprits qui ont entraîné l’Allemagne, deux fois au cours du XXe siècle, dans des guerres les plus «riches» en victimes et les plus mensongères de l’histoire de l’humanité, et exigeant de l’Allemagne une fidélité de vassal, mortelle à elle-même et aux autres, dans le seul but que les Américains évitent, en Afghanistan, un autre désastre stratégique, et peut-être conduits aussi par l’arrière-pensée de laisser saigner, lors du compte final, les Allemands.
Mais Kissinger va plus loin que les autres démagogues de guerre étatsuniens. Il ne parle plus de «Guerre contre la Terreur», mais, entièrement sans ambages, de la «Guerre contre l’Islam radical», il parle d’une guerre mondiale. C’est dans ce but-là, en faveur de la guerre mondiale des Etats-Unis, qu’il requiert de la chair à canon allemande. Kissinger se réserve une attitude plus massive que celle de l’administration Bush. Il reproche aux stratèges de la guerre en Irak de l’avoir entreprise avec «insuffisamment de troupes».
Il faut que chacun le sache: à un individu machiavellique comme Kissinger – et il faut se rendre compte qu’il ne se fait que l’écho du discours des cercles très puissants qui veulent continuer à donner le ton aux Etats-Unis – tous les moyens sont bons pour contraindre les Allemands à la bataille. N’importe lesquels
Ce que l’ex-ministre américain des Affaires étrangères Henry Kissinger, 84 ans, attend des Allemands
Citoyens allemands, ne vous laissez pas entraîner par les USA …
Dans une interview accordée au magazine allemand «Der Spiegel», Henry Kissinger exprima sans équivoque ce que lui et les Etats-Unis «attendaient» de l’Allemagne: plus de troupes et surtout des engagements de combats en Afghanistan. Il faut que tous meurent, non seulement les leurs. Et il sait très bien se jouer des médias: d’une part en décrivant le scénario d’un islam radical gagnant de plus en plus d’influence dans le monde entier et qui en cas de retrait des troupes du territoire de l’Irak et de l’Afghanistan aurait des conséquences de grande envergure aussi en Europe, d’autre part en rappelant à Mme Merkel sa réélection.
ev. Alors qu’on l’interrogeait pour savoir si un retrait de l’Irak, comme les démocrates le promettent à leur électeurs, était réaliste, Kissinger esquissa deux possibilités d’un retrait: «Envisageons-nous un retrait comme une partie d’une solution politique dans la région? Ou bien parlons-nous de retrait parce que les Américains en ont assez de cette guerre? Dans ce dernier cas, les conséquences seraient catastrophiques.»
S’adressant ouvertement aux Européens, il prédit des affrontements sanglants dans la région comme conséquence d’un retrait. L’islam radical ne disparaîtrait pas, même si les Etats-Unis devaient se retirer, mais bien au contraire trouverait de nouvelles forces: «Un retrait précipité des pays occidentaux serait compris dans la région comme un aveu d’impuissance. Le Hamas, al-Kaida et le Hizbollah exigeraient immédiatement un rôle plus dominant. La capacité des pays occidentaux à exercer une influence sur le destin de cette région serait réduite à rien. Et ce virus infecterait tous les pays à forte population musulmane: l’Indonésie, l’Inde et de grandes parties de l’Europe.»
Que les Européens ne veulent pas, malgré ces scénarios, approuver l’engagement militaire en Irak relève du fait qu’ils ne veulent pas comprendre qu’il s’agit autant d’un problème européen qu’américain et que les conséquences seraient tout aussi dramatiques pour eux.
On dresse l’oreille lorsqu’il prétend, en réponse à la question de savoir son avis sur le comportement des Européens dans cette «guerre contre le terrorisme» – une notion qu’il rejette: «Le terrorisme est une méthode contre laquelle il est difficile de mener une guerre», – pourtant il faut étendre la guerre à des millions de gens: «Pour moi c’est une guerre contre l’islam radical qui tente actuellement de se débarrasser de tous les éléments de modernité et de s’en prendre aux structures séculaires des sociétés occidentales. Le tout se passant dans une période de l’histoire européenne particulièrement difficile.»
Lorsqu’on lui demande ce qu’il entend par «période particulièrement difficile», Kissinger répond: «Les grands événements en Europe eurent lieu sous l’égide d’Etats nationaux puissants qui s’étaient développés il y a plusieurs centaines d’années.
Les peuples d’Europe n’ont jamais mis en cause les sacrifices exigés d’eux par la nation. Ces anciens Etats nationaux se sont maintenant fondus dans l’Union européenne. Les gouvernements nationaux n’ont plus la force d’exiger quoi que ce soit de leurs citoyens.» […]
«Le problème qui se pose actuellement est que les Etats nationaux ont non seulement remis à l’Union européenne une partie de leur souveraineté, mais aussi lié leur vision d’avenir à celle de l’Union européenne. Toutefois, l’Union européenne n’a pas le sens de la vision et n’engendre pas la même loyauté. Il existe un vide entre le passé de l’Europe et son avenir.»
Kissinger semble donc regretter que les gouvernements européens aient de la peine à obtenir de leurs populations non seulement de payer, mais encore de mourir pour le «projet de paix», pour le «bien des populations européennes» – l’UE – au lieu de se sacrifier pour Dieu, l’empereur et la patrie.
Lorsqu’on lui demande ce qu’il attend des gouvernements et des chefs d’Etats élus «au cas où la chancelière allemande, Angela Merkel, devait se dresser pour exiger des Allemands des sacrifices dans la lutte contre le terrorisme», il répond:
«Je crois qu’Angela Merkel devrait, comme les autres chefs de gouvernements, penser à sa réélection. J’éprouve un grand respect pour elle. Par ailleurs, je ne connais pas beaucoup d’Européens qui pensent qu’une victoire des islamistes radicaux resterait sans graves conséquences pour nous. Et pourtant, ils ne sont pas prêts à dire: nous nous impliquons et nous combattrons.»
Lorsqu’on lui demande comment il voit concrètement les engagements, par exemple des troupes allemandes dans le sud de l’Afghanistan, Kissinger répond qu’il ne voit pas pourquoi seuls les Etats-Unis devraient mener une guerre dans l’intérêt des Occidentaux.
Si l’Occident n’y a pas d’intérêts, il n’a pas besoin de combattre, mais dans la mesure où il y a des intérêts vitaux, alors «il faut se battre.» Pour qui comprend cela, dans la mesure où il fait partie de l’alliance, il doit s’engager dans cette guerre.
« En Afghanistan, nous avons besoin de plus de troupes tant allemandes que de l’OTAN. Il n’est pas admissible qu’un des Etats-membres de l’OTAN protège ses soldats en les envoyant dans des régions où il n’y a pas de combats. Cette situation n’est pas saine.»
Alors qu’on s’inquiète de savoir s’il a quelque compréhension pour la position de nombreux Allemands qui, se rappelant les leçons de l’histoire, ne veulent pas de participation à la guerre, il répond qu’il comprend très bien, mais qu’à la longue cette position n’est pas tenable:
«Nous ne pouvons pas avoir, à long terme, deux sortes de membres de l’OTAN, l’une prête à se battre, l’autre se contentant de mener une alliance à la carte. Cela ne marchera pas.»
C’est aux Allemands eux-mêmes à décider comment amener leurs compatriotes à changer leur point de vue.
Toutefois, s’ils devaient s’en tenir à leur attitude actuelle, alors l’Allemagne ne jouerait plus qu’un rôle marginal en Europe.
On verra, lorsque la nouvelle administration américaine sera en place, dans quelle mesure le refus de participer aux engagements militaires actuels, de la part de l’Allemagne et d’autres pays européens, émane d’une profonde méfiance envers la politique de force de la superpuissance américaine.
On verra alors si les erreurs du gouvernement Bush ne furent que des prétextes couvrant les oppositions entre l’Europe et l’Amérique ou si le tout repose sur une opposition réelle. Actuellement, beaucoup de gouvernements européens se cachent derrière «Bush, le mal aimé», ce qui peut se comprendre vu les erreurs commises.
Quant aux erreurs évoquées, Kissinger affirme qu’il ne critique pas la stratégie politique de Bush et que cette dernière ne changera pas avec un nouveau président; car «l’armée fut dotée de trop peu de troupes en Irak.»
Au lieu d’impliquer l’armée irakienne, on l’a dissoute et mal mené les relations avec les alliés et les amis. «Par ailleurs, je reconnais que Bush avait diagnostiqué correctement les dangers apparus dans le monde du fait de l’islam radical et qu’il mène cette guerre avec beaucoup de courage. On lui en saura gré, plus tard» et pas que dans un demi-siècle, mais bien plus tôt.
Lorsqu’on lui demande si le prochain président exigera plus de volonté d’engagement de la part des Européens, il demande à voir dans quel sens on posera cette exigence. Le prochain président des Etats-Unis pourrait estimer qu’il n’est pas possible de continuer dans cette voie sans l’appui de l’Europe. «Ce serait alors un argument pour imposer ses propres plans de retrait.» •
Source: Der Spiegel du 18/2/08, p. 110 sqq.
The Arab President US Media Doesn’t Want You to See
The Arab President US Media Doesn’t Want You to See
By Ali Baghdadi
(arabjournl@aol.com, arabjournl@hotmail.com, Chicago )

Most Americans are familiar with President Mubarak of Egypt , King Abdallah II of Jordan, King Abdallah of Saudi Arabia , President Assad of Syria , and a few other Arab leaders. They are frequently seen in print media and on TV. They have one thing in common. Their skin is white. As a matter of fact, the Syrian leader is blond with blue eyes.
Though the Sudan is the largest country on the African continent (2.5 million square kilometers), and its population exceeds forty million, have you ever seen its President Omar Hassan al-Bashir on TV? Though the news of the Sudan and its western region, Darfur, appear almost daily in the U.S. media, have you at any time seen his picture in a newspaper or a magazine?
I doubt you did! It is not your fault. The U.S. media hides him from your sight.
The question is: Why do our media keep him away from public view?
Mr. al-Bashir is known to be gentle, kind, and pleasant. His smile is genuine. One can easily connect with al-Bashir for his humility, warmth, and frankness. He doesn’t play dirty games. He doesn’t speak in double tongues. He is a man of high principles.
Near the end of last February, Mr. al-Bashir spoke live to thousands of African-Americans via satellite at the Nation of Islam’s Savior’s Day convention in Detroit for almost an hour and a half. Without any form of censorship, he was prepared to respond to questions from the American media regarding any subject of concern, particularly Darfur .
Although the event had been highly publicized and the media had been informed long in advance, only a couple of major media outfits showed any interest. Their questions were outright stupid. They didn’t take advantage of this golden opportunity to relay to their viewers the other side of the story coming directly from its source. The only thing that concerned them was whether or not the Sudanese President was going to allow the so-called U.N. peace-keeping forces into Darfur . A reporter, who had not been to the Sudan and had earlier written about the imaginary “crimes” the central government carries out in Darfur , was urged by Akbar Muhammad, the coordinator of the press conference, to talk directly to the Sudanese President. The man declined. The extent, history, or the roots of the Darfur tragedy, the forces that ignite it, and why, were not of any importance. Again, no pictures!
Children were not terrified when they saw al-Bashir, who is accused of being “an ugly terrorist, mass murderer, and war criminal”, addressing the convention. Men and women didn’t walk out to protest a speech delivered by a man described by the American media as “the world’s worse dictator” who is waging a war of “genocide and ethnic cleansing” against Blacks. On the contrary, the President of Sudan was met with warm applause. African-Americans of all faiths gave him a standing ovation.
Again! Why do the U.S. executives of the corporate media insist on keeping al-Bashir and members of his government away from American viewers? Not a single western newsperson has ever been hurt in the Sudan .
The reason is simple; a picture is worth a thousand words. The Sudanese President and his entire cabinet, though they are Arabs, are Blacks. All are Africans. Arabism is not a race or a blood relationship. It is a culture, a sense of belonging, history, geography, and a strong desire to unite to survive in a cruel and savage world. The lie that Arabs are carrying out massacres against Africans would immediately collapse. The propaganda machine greased by over one hundred and sixty Zionist organizations, in addition to constant falsehoods coming from the White House and Christian Right groups, to convince the world, particularly African-Americans that Arabs murder and discriminate against Blacks, will no longer function. The millions of dollars spent weekly by the vicious “Save Darfur” campaign on advertisements to vilify and dehumanize Arabs would become meaningless and a waste.
President al-Bashir is not popular here in the United States . Sudanese rebels, who are trained, financed and equipped, by the U.S. government, hope to soon enter into Sudan far behind U.S. tanks and marines, are occasionally invited to Washington to meet with the U.S. President and Congress. The legitimate leader of Sudan , who is determined to preserve the unity and sovereignty of his country, and protect its resources for the welfare of his people, is not entitled to receive this “honor”.
However, Mr. al-Bashir is popular, not only at home, but across Africa , and the Arab and Muslim Worlds. Africans, Muslims, and Arabs strongly reject the falsehoods, lies, and smear tactics colonial governments manufacture to justify a regime change. His popularity stems from the fact that he refuses to recognize Israel , an illegitimate foreign identity established on stolen Palestinian land. He has showed the courage to stand firmly against the crimes committed daily by the U.S. and Israel in Iraq , Palestine , Afghanistan , and Somalia . He managed to establish excellent relations between the Iraq of Saddam Hussein and Iran , despite the eight year war fueled by the United States . He protected Sudan ’s wealth and resources from U.S. corporate robbery.
To serve certain political agendas, Mr. al-Bashir is falsely labeled by the Zionist and US corporate media as “a monster, the world’s number one dictator and a war criminal”. Washington lists Sudan as a terrorist and rogue nation that violates the basic principles of human and civil rights.
I met President Omar Hassan al-Bashir, years ago, twice, in his office in Khartoum . I was impressed. I felt most comfortable. He is one of the few leaders whom I respect and admire.
My late April 2007 visit to the Sudan , in a fact finding mission as a part of an African-American journalists’ delegation, is one of my most memorable experiences. I was moved by the president’s down-to-earth humility. It gave me the opportunity to meet and visit with him and his family at his private home in his village for several hours, and as a result has enabled me to learn more about him as a family man and as a leader. The visit also enabled me to closely observe the life style the Arab-African President chose for himself and his family. It has emphasized and strengthened the notions I had earlier of President al-Bashir and his administration. I was struck by his overwhelming temperate disposition and manners. Though he is obviously saddened and concerned about the wars imposed on the Sudan , I was captured by his smile that reflects the inner peace and tranquility he enjoys.
In the last eighteen years, I have visited more than eighty countries throughout the world, and met with many Arab, Muslim, and Third World leaders on three continents. I must confess, in terms of simplicity and disdain for materialistic lavish life, the leaders of the Sudan , Libya , Iran , and Cuba struck me the most.
Omar Hassan al-Bashir is so attached to his roots and place of his birth and upbringing. He frequently visits his village where he grew up. His old small one-storey house in which he stays in and meets some of his local and foreign guests is indistinguishable from any quarters occupied by ordinary citizens. The house and wall around it are made of mud. The tiny living room contains two old chairs and an old iron bed used as a sofa. The narrow passageway that leads to his entry door is nothing but sand. The food we shared with the President was a piece of chicken, a small roll of bread, an apple and a bottle of water. Our laps served as the dining room table. I don’t recall to ever eating something tastier.
I couldn’t believe my eyes.
President al-Bashir came out of his home to a nearby tent, addressed our delegation of 31 African-American journalists, and mingled freely with the men, women and children from the village who flocked to greet him. He also held his cane up high, and joined them in their traditional dance.
Surprisingly, no bulletproof! No electronic security check! No one among the delegates or the crowd was searched. No villager was pushed away or turned back.
There were no tanks, no armored cars, no Humvees, no Blackhawks, no Apache gunships, and not a single man with a military uniform.
BET (Black Entertainment TV) conducted a one hour exclusive interview with Mr. al-Bashir in his village. He was thorough, honest, open, and frank. The question remains: Will BET executives allow this rare interview to be aired in the United States ? Will they let the truth be heard and their viewers see the facts? Another question: Will the TV crew who were able to produce a great piece of journalistic work have the courage and determination to stick to their guns, and convince BET to release the documentary they produced to the public? One would hope and pray that the crew will be true to high journalistic principles and not cave in to intimidation and pressure.
When the time of al-Asr (before sunset) prayer came, some raggedy rugs were laid on the floor. President al-Bashir stood shoulder to shoulder, in a straight line, with the other worshippers, irrespective of their position or rank, and solemnly prayed. He didn’t lead. A young man in his late twenties did.
The relationship between al-Bashir and God seems to be different from that of Bush and his Lord, who ordered the U.S. President to invade Iraq , and wage a “Crusade” of war against Muslims. Bush says, “May God Bless America .” As we see from Bush’s actions, the rest of the world may go to hell.
When the prayer ended, President al-Bashir, with his eyes closed, raised his hands towards the sky, and with a gentle voice, asked God, the creator of the universe, to bless the earth that gives us life. He called upon the “Merciful and the Beneficent” to bring peace, and may prosperity prevail for the entire world, and to have that His blessings encompass all mankind
Iraq: US occupation faces crisis of its own making
Iraq: US occupation faces crisis of its own making

James Cogan,WSWS
22 February 2008
The much-touted successes of the Bush administration’s deployment of 30,000 American additional troops to Iraq last year rest on unstable and rapidly eroding foundations. The unstated fear in the Pentagon debate over how many American troops can be withdrawn this year is that the policies associated with the surge have created potential triggers for a return to wide-spread resistance.
Three laws passed by the Iraqi parliament on February 13 embody the looming crisis. The legislation consisted of the government’s 2008 budget, an amnesty for thousands of Sunnis who have been detained during counter-insurgency operations and, finally, the definition of the power-sharing arrangements between the federal government in Baghdad and provincial authorities and the naming of October 1 as the date for long-overdue provincial elections. In January, a law was enacted that went some way toward lifting US-imposed restrictions on political activities by former members of the Sunni-dominated Baath Party of former dictator Saddam Hussein.
US ambassador in Iraq Ryan Crocker hailed the bills’ passage as “important steps forward”. The parliament, he declared, “deserves congratulations from all of us”. The truth is that the legislation was accepted only because of intense pressure on a number of major factions in the Iraqi establishment to accept a curtailment of their ambitions. In many cases, political groupings have been compelled to accept policies that fail to meet the guarantees they were given by US officials and officers in exchange for cooperating with the occupation.
The Sunni establishment, which has suffered the greatest losses of power and privilege under US occupation, has been left with an array of grievances. The de-Baathification law still bars former Baathists from holding positions in security ministries. The military and police remain firmly under the influence of the Shiite fundamentalist parties that dominate the government of Prime Minister Nouri al-Maliki.
The amnesty law, which Sunni parties had claimed would free the majority of detainees, only applies to those in Iraqi government facilities—not the more than 20,000 people being held in US-operated prison camps. It also does not cover thousands of men accused of “terrorism” and other charges levelled against Iraqis captured while engaged in armed resistance to the US occupation.
Now, aggravating the sense of betrayal, the provincial election law makes clear that the US authorities and the Shiite-dominated government are offering Sunni factions the role of a side-lined minority at best.
The last provincial elections in 2005 were boycotted by the majority of Sunnis out of sympathy for the insurgency. The low turnout in majority Sunni provinces led to the formation of unrepresentative governments by Shiite parties or Sunni groups that were collaborating with the occupation.

The former insurgent groups that have agreed during the past year to end resistance and join US-backed Awakening Councils demanded that they be represented in the provincial governments before new ballots were held. One reason is their concern that the parties installed in 2005 will use their grip over electoral authorities to rig the vote in October. The provincial law did not meet this concern. It instead proposed that the United Nations—which has little presence in the country, and especially not in the volatile Sunni areas—assist in organising and monitoring the ballot.
The limited character of the concessions to Sunni demands coincides with growing frustration inside the ranks of the Awakening Councils. The primary motive for ending much of the insurgency last year was fear in the Sunni elite and population as a whole over the entrenchment of Shiite fundamentalist power. The bloody Sunni-Shiite civil war that developed throughout 2006 led to mass killings in Sunni areas and the expulsion of hundreds of thousands of Sunnis from Baghdad and other mixed areas.
In desperation, tribal councils and Baathist-linked insurgent groups in western Iraq and the surrounds of Baghdad accepted US overtures for a deal. In exchange for a ceasefire and substantial bribes, they formed US-financed militias—which now number close to 80,000—to work with American units in hunting down and destroying Islamist groups that continued resistance. American troops prevent Shiite troops, police and militia from entering the areas under the control of the Awakening Councils. In Iraq’s capital, the US military has flung up 12-foot concrete walls around Sunni suburbs to protect them from Shiite militias, establishing little more than ghettos.

The curbing of Sunni attacks on US forces has been a key factor in the substantial drop in American casualties. The collaboration, however, has not led to the hoped-for significant political openings for the Sunni elite or their followers. The Shiite parties view the Awakening Councils as a long-term threat to their power. Maliki has refused demands that the Sunni militias be recruited into the military or police.
The tensions are now surfacing. In Diyala province, the Awakening Council has suspended all cooperation with the occupation and the government over allegations that the local Shiite police are continuing to launch pogroms against Sunnis. Over recent weeks there have been several more incidents in which US troops have allegedly mistaken the militiamen for insurgents and attacked them. A Sunni militia in Babil, close to Baghdad, temporarily suspended all collaboration this week over the US killing of three of its members and two women in separate incidents last Thursday and Friday.
In the western Anbar province, the Awakening Council has issued an ultimatum to the provincial government to resign by April or it will use its 20,000-strong Sunni militia to overthrow it. The government is headed by the Sunni Iraqi Islamic Party, one of the few Sunni organisations to stand candidates in the 2005 ballot. Only 2 percent of the population of Anbar voted.

Another key aspect of the provincial law only intensifies the prospect of violence over the coming months. The legislation leaves the way open for provinces in other parts of Iraq to form regions with comparable powers to the Kurdish Regional Government in the north (KRG). There is still no oil law to block regions from using clauses of the 2005 US-drafted constitution to claim jurisdiction over the development of new oil and gas fields. In the north, the KRG has proceeded in defiance of opposition in Baghdad to sign contracts with transnational companies for the exploration and opening up of 15 fields.
The main party of the Shiite business and clerical establishment, the Islamic Supreme Council of Iraq (ISCI), is a strong advocate of regionalism. It will be seeking to gain control of the majority Shiite-populated southern provinces in the October election and pursue its perspective of establishing an oil-rich autonomous region centred on the Shiite religious capital, Najaf. The focus of its efforts will be Basra—the centre of the oil industry—which is currently governed by a Shiite faction which opposes ISCI’s plans.
An ISCI-controlled Shiite regional government is expected to seek to appropriate the bulk of the oil revenues generated by new developments in the south, where more than 60 percent of Iraq’s reserves are located. Shiite regionalism therefore threatens to deprive the elite in both the central Sunni provinces and Baghdad, with its mixed Sunni-Shiite population, of any minor benefits from the planned opening up of Iraq’s vast untapped oil and gas resources to US and other transnational energy corporations.
The centralist tendencies that advocate the concentration of powers in the hands of the Baghdad government include Sunni parties, the alliance headed by former Prime Minister Iyad Allawi, as well as the Baghdad-based Shiite Sadrist movement and the Basra-based Shiite Islamic Virtue Party. Apart from their rejection of regionalism, these factions agree on little else. They represent rival and, at times, openly hostile tendencies.
They came together, however, to attempt to block the provincial law. The vote for the bill was deadlocked 82-82 and only passed by the speaker’s casting vote. They also combined in an outpouring of resentment against the Kurdish region during the parliamentary sittings. The centralists stridently called for the share of the federal budget paid to the KRG to be reduced from 17 percent to between 14 and 15 percent. While a compromise was reached that agreed to the 17 percent, it stipulated that a census must be held before the next budget to determine what percentage of the population actually lives in the KRG. A majority rejected a Kurdish demand that the Baghdad government pay the wages of the 80,000-strong Kurdish peshmerga militiamen in northern Iraq.
The conflict over regionalism creates two additional flashpoints. Firstly, within the ranks of the Shiite Sadrist movement, there are increasing demands for its leader Moqtada al Sadr to end his opposition to armed resistance to the pro-US government. While the Sadrist Mahdi Army militia generally complied with the “ceasefire” that Sadr announced last August, the US military and ISCI-controlled forces stepped up operations to substantially weaken the Sadrist position in the south ahead of the provincial elections. Hundreds and possibly thousands of Mahdi militiamen have been killed or detained during the surge. More and more dissident groupings are breaking with Sadr in order to fight back.
Over the past several days, US forces in Baghdad have come under stepped-up attack from alleged “rogue” Shiite militiamen. On Monday and Tuesday, Katuysha rockets were fired at American bases in and near the capital, killing at least one civilian contractor and wounding two soldiers.
The second volatile area is the northern oil-rich city of Kirkuk. The opposition in Baghdad toward the Kurdish nationalists’ claims on resources has further poisoned the debate over the holding of a referendum in Kirkuk to determine whether the majority Kurdish population wishes to join the KRG.
The Bush administration pressured the Kurdish leadership last December to accept a delay in the scheduled holding of a vote in order to cement Washington’s own geo-political relations with Turkey, which opposes any strengthening of Kurdish regionalism.
The KRG now faces the likelihood that the Iraqi parliamentary majority will push for the delay to become indefinite. Open warfare over the issue is becoming more likely. Moreover, there are signals that the Turkish government intends to intervene to ensure no vote takes place. The Turkish media reported this week that the plans are being finalised for the deployment of tens of thousands of Turkish troops into northern Iraq during March. While the ostensible reason is to hunt down Kurdish separatists of the Kurdistan Workers Party (PKK), the operation will be designed to threaten the KRG into dropping its designs on Kirkuk.
A year after the surge began, disgruntled Sunni, Shiite and, increasingly, Kurdish factions are seething with resentment toward the cynical manipulation and false promises made by the Bush White House and US commander General David Petraeus. The political alienation is intensified by the social catastrophe that continues to afflict the vast majority of the population. For all the talk of “reconstruction”, millions of people lack jobs, clean water, adequate food, fuel, electricity and sewerage. The ebb in the anti-occupation insurgency over the past six months may prove to be short-lived.
What would it take to launch a war with Iran?
What would it take to launch a war with Iran?
By Bruce RamseySeattle Times editorial columnist
Iraq should have cured President George W. Bush of any further itch for starting a war. And yet there comes a rumble for an attack on Iran. Opposing this, the Center for Arms Control and Nonproliferation sends out emissaries, several of whom visited The Seattle Times.
Among them was Brig. Gen. John H. Johns (ret.), who was assistant commander of the 1st Infantry Division and a lecturer at the Army War College. Like other generals, Johns opposed the invasion of Iraq, and he now opposes an attack on Iran.
Is such an attack possible? It is Bush’s last year in office. There is no time for a land war, and anyway, says Johns, “We don’t have the ground troops to do it.” But an air war is possible. Johns says it might destroy 1,200 to 1,600 targets.
Johns is not a spokesman for the government. Whether that makes him less credible will depend on your point of view. He lives near Washington, D.C., and socializes with retired generals and CIA officers and others from the security world. He speaks on behalf of a peace group. Take that for what it is worth.
Here is what he says: Last year, there was a push in the administration for an air war against Iran. The given reason was Iran’s plan to build an A-bomb. Then came the National Intelligence Estimate that said Iran had given up on it five years ago.
Says Johns, “The intelligence community intended that to be public to lessen the president’s chance of going to war. They wanted to avoid being complicit in another war. That’s the story I get.”
Johns says a struggle is under way in Washington, D.C. Those opposed to an attack include Secretary of State Condoleezza Rice, Secretary of Defense Robert Gates and the entire Joint Chiefs of Staff. Those wanting an attack, he says, are the deputy national-security adviser for global democracy strategy, Elliott Abrams; Vice President Dick Cheney, “and the hard-line Israel lobby.”
Bombing Iraq is how Israel scotched Saddam Hussein’s A-bomb, in 1981. Israel is much admired for that, but preventive air attack is a high-risk strategy. It stirs hatred, and it has a large downside if it fails.
Diplomacy is lower-risk, especially if there is time for it. Johns goes further, arguing against an attack even if diplomacy fails. “Even if Iran got nuclear weapons,” he says, “they’re not going to commit suicide by using them.”
There may be other pretexts for war. On Jan. 6 came an incident of Iranian speedboats zipping around U.S. Navy ships in a provocative way. It could have been another Gulf of Tonkin incident.
What would it take to have a war with Iran? Stephen Kinzer, a former New York Times correspondent and author of “All the Shah’s Men” (2003), was also part of the peace delegation here. He says it might just take a decision. “The possibility of an attack is real,” he says, and notes that President Bush would not need a vote of Congress.
Air attack is an act of war. At least, Americans thought so in 1941. But despite the Constitution granting the war power to Congress, in Vietnam (1964), Kuwait (1990) and Iraq (2002) our presidents have asked Congress for permission to make war only when they expected major fighting on the ground. Even to invade Iraq, George W. Bush said he did not need permission and asked for it only after Congress, and the public, raised an outcry.
In 1999, President Clinton conducted a 78-day air war against Serbia even though the House deadlocked 213-213 on a resolution supporting it, and the Senate never voted at all. Clinton didn’t care; his position was that he didn’t need permission for an air war.
What matters is not only the Constitution; it is the outcry. Government does what it can get away with — and in the last year of the Bush presidency, it is still an open question how much that is.
http://seattletimes.nwsource.com/html/bruceramsey/2004190453_rams20.html
Résumé et commentaire-critique de l’ouvrage ‘La défense des intérêts de l’État d’Israël en France’, de Marc Hecker
Résumé et commentaire-critique de l’ouvrage ‘La défense des intérêts de l’État d’Israël en France’, de Marc Hecker

Nous avons choisi de présenter ce livre car il aborde la question centrale des rapports de l’État français au sionisme, et rares sont les travaux en France sur cette question épineuse. D’autre part, le livre de Marc Hecker est riche en informations historiques et a le mérite d’être synthétique.
Par Comité Action Palestine
L’ouvrage a été publié en 2005 chez L’Harmattan. L’auteur a déjà publié en 2004 chez le même éditeur “La presse française et la première guerre du Golfe”.
La première partie analyse les relations de l’État français à l’État d’Israël en montrant les différences de politique étrangère entre la droite et la gauche ou entre les périodes historiques. La deuxième partie plus sociologique veut mettre en lumière les mécanismes par lesquels les institutions et les organisations pro-israéliennes cherchent à influencer les dirigeants français.
Cependant le contenu idéologique de la recherche de Marc Hecker, ses accointances avec le sionisme malgré le ton objectiviste adopté, nous ont poussés à développer un commentaire critique.
Ainsi nous avons essayé de montrer le caractère déficient d’une thèse selon laquelle la défense des intérêts d’Israël en France consisterait uniquement dans le travail des organisations pro-israéliennes qui agiraient sur l’État de manière extérieure par les seuls moyens de l’information et des manifestations.
Nous avons voulu en revanche expliquer que le sionisme est partie intégrante de l’État français et que ce courant n’a pas cessé de croître – même s’il a été contenu sous l’ère gaulliste – au point de devenir dominant aujourd’hui.
SOMMAIRE
Partie 1 – Les modalités de la défense des intérêts de l’État d’Israël en France
Chapitre 1 – L’évolution de la politique française au Moyen-Orient de 1945 à 1969
I- Les relations franco-israéliennes sous la 4ème République : l’âge d’or
II- La période gaullienne ou la dégradation progressive des relations franco-israéliennes
III- La guerre des Six Jours, un tournant dans l’engagement en faveur d’Israël
Chapitre 2 – La position de la France à l’égard d’Israël de Georges Pompidou à Jacques Chirac : le poids de l’héritage gaullien
I- 1969-1981 : Dans la droite ligne de la « politique arabe » de la France
II- François Mitterrand et le Proche-Orient : les espoirs déçus des tenants d’Israël
III- Jacques Chirac, un « philosémite pro-arabe » à l’Elysée
Partie 2 – La « politique arabe » de la France ou la genèse de la défense des intérêts d’Israël
Chapitre 1 – Les principaux acteurs de la défense d’Israël en France
I- L’ambassade d’Israël à Paris, défenseur essentiel de la cause israélienne en France
II- Le rôle des associations juives dans la défense des intérêts d’Israël en France
III- L’implication d’associations et d’institutions laïques pour la défense d’Israël en France
Chapitre 2 – Les pratiques des défenseurs des intérêts d’Israël en France
I- Rencontrer, discuter, informer
II- Soutenir Israël par des manifestations de masse
Conclusion
Partie 1 : La « politique arabe » de la France ou la genèse de la défense des intérêts d’Israël
Chapitre 1 : L’évolution de la politique française au Moyen-Orient de 1945 à 1969
De 1945 à 1969, la politique française proche-orientale va se transformer profondément, la césure correspondant à l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir en 1958. La 4ème République va intensifier ses échanges avec Israël et choisir cet État comme allié dans la région tandis que la période gaullienne sera marquée par une détérioration croissante des relations franco-israéliennes.I-Les relations franco-israéliennes sous la 4ème République : l’âge d’or
De 1945 à 1958, les relations franco-israéliennes vont connaître une période faste, tranchant avec les rapports du passé même si la France avait acceptée la Déclaration Balfour de novembre 1917 prévoyant la création d’un « foyer national juif en Palestine ». L’importance de la coopération se situe surtout au niveau militaire, la France fournissant matériel et savoir-faire technique.Le 29 novembre 1947, la France vote le « plan de partage » de la Palestine pour marquer un tournant symbolique après le régime de Vichy. Dans les années 1950, les relations avec Israël vont en s’améliorant parallèlement à la dégradation des relations avec les colonies. En effet l’alliance avec Israël est un moyen d’affaiblir les États arabes solidaires des mouvements de résistance, en particulier l’Egypte de Nasser.En 1953 est signé un premier accord de coopération nucléaire.
En 1956 la crise de Suez a pour conséquence de renforcer la solidarité entre les deux États parce qu’est née à cette occasion une coopération stratégique et parce que l’alliance face aux États arabes est apparue plus urgente encore.
En 1957, un nouvel accord de coopération militaire est signé qui permettra la construction de la centrale nucléaire de Dimona et la livraison du mode de fabrication de la bombe A.
Durant toute la 4ème République, les échanges militaires échappent totalement au Quai d’Orsay considéré comme anti-israélien et sont pris en charge par le ministère de la Défense favorable aux échanges avec l’État d’Israël.
A partir de la 5ème République, c’est le Quai d’Orsay qui prendra en charge toute la politique étrangère. Pour Samir Kassir et Farouk Mardam-Bey dans Itinéraires de Paris à Jérusalem –La France et le conflit israélo-arabe (Les livres de la Revue d’études palestiniennes, 1992, tome 1, p 176), le renforcement des liens sous la 4ème République s’explique par le « puissant lobby pro-israélien » : le Comité français pour l’alliance France-Israël. S’y trouvent notamment Jacques Soustelle, Michel Debré, Pierre Koenig, François Mitterrand et Maurice Schumann.
Commentaire du CAP
Marc Hecker fait ici preuve d’un esprit de synthèse remarquable, il expose les faits importants de la coopération franco-israélienne sous la 4ème République en montrant que la complicité entre les deux États atteint un niveau inégalé. On y apprend notamment que la France est à l’origine de la fabrication de la bombe atomique israélienne. Mais la présentation des faits se veut « neutre », la mise au point de l’arme nucléaire par Israël allant de soi et l’implication de la France perçue comme un acte de « realpolitik ».
Or la neutralité en sciences sociales n’est pas synonyme d’objectivité, elle occulte les contradictions fondamentales qui existent dans la vie sociale, les rapports de domination, les conflits et les responsabilités politiques. La neutralité épistémologique est au bas mot une erreur théorique et le plus souvent une ruse pour masquer la réalité du système, comme sous la façade démocratique règne l’oppression, l’injustice, le racisme ou le colonialisme.
Les intellectuels bourgeois sont les adeptes de cette neutralité épistémologique qui permet de se voiler la face et de tromper tout le monde. Car dire la vérité sur une société reposant sur les rapports sociaux de domination, c’est dénoncer.
Le discours scientifique dans les sciences humaines est essentiellement critique et porte un savoir chargé politiquement.La neutralité, dans la bouche de ses défenseurs, signifie non prise de position politique mais une telle posture est un non-sens. Le chercheur est déterminé, socialement, politiquement et il pourra se débattre dans tous les sens il ne se défera jamais de son conditionnement. « L’homme est un animal politique » disait Aristote dans son ouvrage La Politique .
Par ailleurs toute connaissance dans les sciences humaines contient en soi la finalité de l’action et l’action est par nature politique. Le savoir qui conduit à l’action est donc forcément politique ou alors, s’il prétend ne pas y mener, il n’est rien d’autre que « ruine de l’âme ».Si l’on considère maintenant la pensée en général, c’est-à-dire le savoir que produit une société ou des groupes sociaux, on observe qu’elle est déterminée par l’évolution historique, le stade particulier auquel est parvenue la société et l’état de développement des classes objectivement (degré de formation économique des classes) et subjectivement (niveau de maturation de la conscience de classe). Ainsi la bourgeoisie révolutionnaire des 18ème et 19ème siècles a produit un savoir objectif dans les domaines de l’économie, de la pensée sociale et politique, de la recherche historique ou de la littérature. La connaissance accompagnait le développement d’un système économique, le capitalisme et l’essor de la bourgeoisie. Mais dès que le prolétariat a commencé à se constituer en classe sociale capable de menacer la domination des capitalistes, la pensée bourgeoise effrayée est rentrée dans l’ordre de la justification idéologique, de la légitimation et des recettes pour maintenir l’ordre social. Le stade impérialiste du capitalisme, défini comme étape ultime et pourrissement de ce mode de production, a accentué cette tendance à la réaction de la pensée, au conservatisme intellectuel et aux mensonges théoriques plus ou moins conscients.Car penser l’impérialisme, c’est réfléchir sur la domination économique mondiale d’un nombre réduit de grands groupes, sur la violence et les dégâts de la colonisation, sur la déliquescence de tous les secteurs de la vie sociale et politique et in fine sur la mort prochaine du capitalisme.
Evidemment, tout cela était inacceptable du point de vue de la cognition bourgeoise-impérialiste : les penseurs bourgeois ont vite fait de devenir des intellectuels-idéologues du système à l’image des néoclassiques ou des keynésiens en économie, des wébériens ou des durkheimiens en sociologie, des néokantiens ou des heideggériens en philosophie, des behaviouristes ou des freudiens dans les disciplines du psychisme.
Les démocraties bourgeoises-impérialistes du début vingtième siècle ont donc généré les doctrines réactionnaires quand il s’agissait d’étouffer les contestations internes ou racistes quand il fallait écraser les colonies, en somme elles ont concocté des magmas idéologiques justifiant l’asservissement des peuples et dénués de toute portée euristique.
Elles sont exactement le contraire de ce qu’elles prétendent être à savoir des « paradigmes scientifiques politiquement neutres » si jamais une telle expression ait eu un sens. Pour les désigner, il faudrait parler plutôt de paradigmes non scientifiques politiquement chargés. C’est pourquoi la gnoséologie doit replacer la pensée et le savoir humain dans leur dimension historique et politique et ne pas se laisser bercer par l’illusion ou le mensonge de la neutralité épistémologique.
Ainsi Marc Hecker, adepte de cette neutralité épistémologique, ne nous dit rien sur les courants politiques au sein de l’État français et les dirigeants qui ont permis à Israël de fabriquer sa bombe. Or, c’est la gauche de l’époque, la SFIO, ancêtre du Part Socialiste, qui a poussé au maximum la collaboration avec Israël et c’est Guy Mollet, président du conseil en 1956-1957, qui a pris la décision de fournir l’arme atomique à Israël. C’est ensuite le gouvernement du radical-socialiste Bourgès-Maunoury qui a signé l’accord de coopération nucléaire aboutissant à la fabrication de la centrale de Dimona et de la bombe A. Du coté israélien, c’est Shimon Peres, leader du Parti travailliste, qui a été l’architecte et le négociateur de la collaboration nucléaire franco-israélienne.
II-La période gaullienne ou la dégradation progressive des relations franco-israéliennes
De 1958 à 1962 la France maintient des relations satisfaisantes avec Israël en raison de l’opposition des pays arabes à la France pendant la guerre d’Algérie (seul le Liban n’avait pas rompu les relations diplomatiques avec la France) mais la coopération militaire et nucléaire est interrompue, le général de Gaulle n’acceptant plus les « abusives pratiques de collaborations établies, depuis l’expédition de Suez, entre Tel-Aviv et paris et qui introduisaient en permanence des israéliens à tous les échelons des états-majors et des services français » selon ses propres mots.
A partir de 1962, avec l’indépendance de l’Algérie, la France renoue avec les États arabes qui avaient soutenu les mouvements de décolonisation. Le virage de la politique proche-orientale française est amorcé et c’est l’argument économique de l’importance des marchés arabes relativement au marché israélien qui est avancé.
De 1962 à 1966, les relations avec Israël restent malgré tout cordiales. La rupture a lieu en 1967, lorsque débute la guerre israélo-égyptienne et que la France décrète un embargo sur les armes qui n’affecte en pratique qu’Israël parce que les cinquante mirages 5 qu’Israël avait déjà commandés et payés ne seront pas livrés. La France vote le 22 novembre 1967 la résolution 242 qui exige le retrait des forces israéliennes des territoires occupés. Cinq jours plus tard, le général de Gaulle qualifie les Juifs de « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ».
En 1969, après le bombardement de l’aéroport de Beyrouth par l’aviation israélienne, la France durcit ses sanctions à l’égard d’Israël. Alain Dieckhoff dans son article « La France, Israël et les Palestiniens, 1945-1990 » (Regards sur l’actualité, n°169, mars 1991) considère que c’est « l’ultime paraphe apposé sur l’acte de divorce entre de Gaulle et les dirigeants de l’État hébreu ».
Commentaire du CAP
Marc Hecker insiste à juste titre dans ce chapitre sur le relâchement des liens franco-israéliens, le recentrement de la politique proche-orientale sur la base des intérêts économiques nationaux et donc le rapprochement de la France avec les pays arabes.
Un rapprochement tel qu’il conduit au moment de la guerre des Six Jours à l’exacerbation des tensions avec Israël. Mais il a tort de dire que, dès l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir en 1958, la coopération militaire et nucléaire a été interrompue.
Bien au contraire, c’est sous le Général de Gaulle que l’Accord de coopération nucléaire de 1957 a été concrétisé et finalisé. Samir Kassir et Farouk Mardam-Bey constatent l’ambiguité de la politique gaullienne :
« Surtout, ce fut sous de Gaulle que la coopération nucléaire avec Israël alla jusqu’au bout de ses virtualités. Le trouble vient de là : le relâchement progressif des relations avec Israël, dont les signes sont partout tangibles, comme on le verra dans le chapitre suivant, n’affecte pas la coopération nucléaire ou, du moins, il ne l’affecte que tardivement et partiellement ». (Op.cit., tome 1, p 185) .
Si au niveau du discours le général de Gaulle a déclaré la cessation de la coopération nucléaire avec Israël, il n’a en revanche donné aucun ordre écrit pour cela et les techniciens français ont travaillé à Dimona jusqu’en 1969.
III-La guerre des Six Jours, un tournant dans l’engagement en faveur d’Israël
’année 1967 constitue un tournant pour la diaspora qui dans son ensemble va faire corps avec l’ État d’Israël. En France, au début de la guerre des Six Jours, a lieu une importante manifestation en faveur d’Israël (30000 personnes) et contre le gouvernement français et de Gaulle.
Dans le même temps, un soutien financier est organisé en faveur de l’État d’Israël qui permettra de récolter en trois jours un milliard de centimes. Les Juifs avaient peur d’un nouvel holocauste en raison de l’isolement d’Israël en 1967 par opposition à la crise de Suez qui avait vu la participation de la France et de l’Angleterre aux côtés du gouvernement Ben Gourion.
La guerre des Six Jours a joué un rôle de révélateur pour les Juifs de France et les plus « modérés » ont déclaré leur attachement à Israël. C’est ainsi que s’exprime Raymond Aron, qui se définit comme non sioniste, dans son livre De Gaulle, Israël et les Juifs (Plon, 1968, p 35) : « Mais je sais plus clairement qu’hier, que l’éventualité même de la destruction de l’État d’Israël […] me blesse jusqu’au fond de l’âme. En ce sens, j’ai confessé qu’un juif n’atteindrait jamais à la parfaite objectivité quand il s’agit d’Israël ».Concernant les sentiments de Gaulle vis-à-vis d’Israël, les avis au sein de la communauté juive divergent. Des personnalités comme Théo Klein considèrent que de Gaulle n’avait aucune hostilité envers les juifs mais seulement des doutes sur le sionisme; pour Elie Barnavi, c’est après le départ de de Gaulle que l’hostilité de principe à Israël apparaît.
Commentaire du CAP
Effectivement, la Guerre des Six Jours a servi de révélateur de l’attachement des Juifs à Israël et de catalyseur de la mobilisation pro-israélienne en France et ailleurs dans le monde. Marc Hecker dresse en outre le constat suivant que la période gaullienne a laissé des impressions partagées au sein de la communauté juive.
Mais l’auteur ne dresse pas lui-même de bilan sur la politique proche-orientale sous de Gaulle à savoir son caractère pro-arabe ou pro-israélien et évite ainsi d’aborder le problème à la racine.
Il cite les avis de certaines personnalités juives et ces avis sont censés faire office de constat objectif. C’est là une fausse objectivité qui confond les représentations c’est-à-dire la subjectivité avec le réel. Au mieux ces citations font argument d’autorité.
Au contraire la méthode qui veut tendre à l’objectivité doit juger les représentations au diapason du réel analysé par le chercheur.Etant donnés les changements apportés par la 5ème République sous de Gaulle par rapport à la 4ème République dans les relations avec Israël, beaucoup y ont vu une rupture et le passage d’une politique pro-israélienne à une politique pro-arabe.
Le rapprochement de la France avec les États arabes et indirectement la dégradation des relations avec Israël peuvent s’expliquer ainsi que le signale Marc Hecker par le paradigme réaliste selon lequel l’État français ne suit que ses intérêts, mais cette explication ne vaut que dans une certaine mesure.
Car la politique menée par un État n’est pas le produit pur et simple de la rationalité des décideurs mais en grande partie la résultante d’un champ de rapports de force au sein de cet État. Si la 4ème République se caractérise par l’avènement et la prépondérance d’un cercle sioniste au sein de l’État français que Samir Kassir et Farouk Mardam-Bey appellent « lobby pro-israélien », la 5ème République à ses débuts voit l’essor d’une catégorie de dirigeants nationalistes emmenée par de Gaulle et qui va s’opposer à ce cercle sioniste dans la définition de la politique étrangère.
Ainsi s’expliquent les changements opérés dans la politique proche-orientale depuis 1958 mais aussi le maintien de bonnes relations diplomatiques avec Israël jusqu’en 1966 et de la coopération nucléaire jusqu’en 1969. De Gaulle, sans doute opposé à cette collaboration militaire, devait la laisser se poursuivre car, ayant déjà imprimé un virage important aux relations franco-israéliennes, il était dans l’obligation de faire des concessions au cercle sioniste.
Chapitre 2 : La position de la France à l’égard d’Israël de Georges Pompidou à Jacques Chirac :
le poids de l’héritage gaullien De 1969 à 2005, on peut distinguer trois périodes dans les relations franco-israéliennes : une permanence de mauvaises relations sous Pompidou et Giscard d’Estaing, puis une embellie sous Mitterrand et enfin des relations en dents de scie sous Chirac.I- 1969-1981 : Dans la droite ligne de la « politique arabe » de la France
Durant cette période, les deux chocs pétroliers prouvent la nécessité d’un dialogue privilégié avec les États arabes. De plus, certains États pétroliers sont parmi les meilleurs clients d’armement de la France. Les liens avec Israël aux yeux des dirigeants français paraissent dès lors secondaires et Pompidou va alors développer une politique pragmatique fondée sur les intérêts de l’État français au Moyen-Orient, ce qui implique un rapprochement avec les États arabes.
A la fin de l’année 1969, l’incident des vedettes de Cherbourg est l’élément qui va envenimer les relations franco-israéliennes. Les services secrets israéliens déjouent l’embargo sur les armes en vigueur depuis 1967 puisque les cinq vedettes qu’Israël avait acheté à la France et qui étaient restées au port de Cherbourg en vertu de cet embargo ont disparu pendant la période de Noel.
L’explication avancée, c’est que les navires auraient été achetés par la Norvège et seraient en direction pour ce pays. Mais quelques jours plus tard, les vedettes font leur entrée au port d’Haïfa. C’est un véritable camouflet pour le gouvernement français. En représailles, La France vend en janvier 1970 des mirages à la Libye, ce qui scandalise le pouvoir israélien, considérant que la France ne respecte pas l’embargo sur les armes qu’elle avait décrété. En novembre 1970, la France participe au vote de la résolution 2628 qui stipule que « le respect du droit des palestiniens est indispensable à l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient ».
La France agit aussi dans le cadre de l’Europe des Six pour le règlement des conflits au Proche-Orient.
Pompidou a suivi la voie tracée par de Gaulle et cette politique sera poursuivie par Giscard d’Estaing qui veut faire reconnaître le fait national palestinien sur la scène internationale. En 1975, l’OLP obtient le droit d’ouvrir à Paris un « bureau de liaison et d’information ». En janvier 1977, la France refuse d’extrader vers Israël Abou Daoud, responsable de l’assassinat de plusieurs athlètes israéliens aux jeux olympiques de Munich de 1972. Il sera finalement expulsé quelques jours plus tard vers l’Algérie. En 1980, Giscard d’Estaing affirme son soutien à l’autodétermination des Palestiniens.
De 1974 à 1981, la France s’est engagée plus fortement pour la cause palestinienne que jamais par le passé. Dans ce contexte, deux associations, Renouveau juif, fondé à la fin des années 1970 par Henri Hajdenberg et Socialisme et Judaïsme, crée en 1978 par Jacques Attali et Robert Badinter entre autres, appellent à voter pour le Parti Socialiste aux élections présidentielles de 1981.
Commentaire du CAP
Les faits essentiels sont là et présentés avec concision, la tendance à la dégradation des relations franco-israéliennes est très bien montrée avec le tournant de l’incident des vedettes de Cherbourg. Mais on peut reprocher à l’auteur de s’arrêter à la description des événements politiques sans voir ce qui les sous-tend au niveau de l’appareil d’État français, c’est-à-dire les luttes entre les factions politiques, entre les « amis d’Israël » et les tenants d’un nationalisme français rayonnant dans le monde arabe. Par exemple, l’affaire des vedettes de Cherbourg n’est pas questionnée. Or, il est évident que les embarcations n’auraient pas pu disparaître sans des complicités pro-israéliennes au sein de l’État français.
II-François Mitterrand et le Proche-Orient : les espoirs déçus des tenants d’Israël
L’accession de Mitterrand à l’Elysée suscite des espoirs chez les tenants d’Israël pour plusieurs raisons : des personnalités importantes du PS ont des affinités à l’égard d’Israël comme Albert Gazier, Jean Poperen, Robert Pontillon ou Gaston Deferre ; le souvenir de l’âge d’or de la 4ème République est encore présent ; enfin, la personnalité de Mitterrand plait aux défenseurs d’Israël.
Mitterrand a toujours montré une attention particulière pour Israël. Il a défendu la cause des passagers de l’Exodus au début de sa carrière et c’est lui qui a annoncé publiquement la reconnaissance de l’État d’Israël par la France. En 1971, il a envoyé son fils Jean-Christophe vivre trois mois dans un kibboutz. En 1981, il annule la « directive Barre » qui autorise les sociétés françaises à cesser leurs relations avec Israël si elles estiment leurs intérêts menacés.En 1982, Mitterrand effectue la première visite officielle d’un président français en Israël et à la Knesset il proclame « l’irréductible droit de vivre » de l’État israélien.Au début du septennat de Mitterrand, deux éléments viennent cependant perturber les bonnes relations avec Israël : d’une part, la nomination du pro-palestinien Claude Cheysson au Quai d’Orsay qui fera contrepoids aux sympathies mitterrandiennes pour Israël et d’autre part l’engagement français au Liban en 1982, à l’initiative du nouveau ministre des Relations extérieures, qui permettra l’évacuation des combattants de l’OLP encerclés par l’armée israélienne. Mais les relations franco-israéliennes, bien que parfois tumultueuses, vont continuer à se développer. En 1983 est signée une convention entre les deux États sur l’encouragement et la protection réciproque des investissements. En 1984, Laurent Fabius crée l’Association franco-israélienne pour la recherche scientifique et technique. La même année, Mitterrand reçoit le prix Simon Wiesenthal en reconnaissance de son soutien à Israël. En 1987, le premier ministre Jacques Chirac, considéré comme un fervent gaulliste, se rend en Israël.Cependant, la réception de Yasser Arafat à l’Elysée en 1989, perçue par beaucoup de Juifs comme une trahison, crée de nouvelles tensions. En 1990, lors de la crise du Golfe, la France tente dans un premier temps de jouer un rôle de conciliateur puis s’engage finalement dans le conflit en janvier 1991. Samir Kassir et Farouk Mardam-Bey en tirent la conclusion suivante : « la politique arabe de la France n’existe plus » (Op.cit., tome 2, p 444). Mais les partisans d’Israël considèrent que la France a trop tergiversé. En fait, Mitterrand a été fidèle à sa « politique d’équilibre » sur les questions proche-orientales ainsi que l’affirme Dominique Strauss-Kahn alors président socialiste à la commission des finances à l’Assemblée nationale.
Mitterrand a incité les israéliens à négocier avec l’OLP et Arafat dans l’intérêt d’Israël car il pensait que c’était le seul moyen d’obtenir la sécurité pour l’État d’Israël. Mitterrand a été le président de la 5ème République le plus soucieux des intérêts d’Israël. La légitimation de l’OLP par Mitterrand a abouti à la Conférence de Madrid en 1991 qui est à l’origine des Accord d’Oslo de 1993.
Commentaire du CAP
Là encore, Marc Hecker prend soin d’exposer les faits saillants de l’époque et on peut lui reconnaître le mérite de ne pas éviter les problèmes. Mais le traitement des faits, leur analyse sont pour le moins très discutables. Tout d’abord la caractérisation de la période mitterrandienne. Celle-ci est présentée comme une période contradictoire de la politique proche-orientale qualifiée de « politique équilibrée », comme une avancée en demi-teinte des intérêts sionistes en France.
Or la soi-disant « politique équilibrée » reflète davantage les agissements de la politique proche-orientale française sous les gouvernements de droite (1958-1981) lorsque la France cherchait à promouvoir ses intérêts dans le monde arabe tout en ménageant Israël.Avec Mitterrand, au contraire, la « politique équilibrée » vole en éclat et s’opère un changement de cap en faveur d’Israël qui ne sera jamais remis en cause par la suite.
Au sommet de l’État, de nombreuses mesures sont prises pour développer la collaboration économique, militaire et scientifique avec le pouvoir israélien. Le sionisme devient une composante officielle de l’État français avec l’accession à des postes clef de partisans viscéraux d’Israël comme Fabius, Strauss-Kahn, Kouchner, Attali ou Gayssot.
C’est aussi sous l’ère Mitterrand que les idéologues sionistes comme Bernard Henri-Levy, André Glucksmann, Alexandre Adler font leur entrée fracassante dans les medias.Ensuite, la place qui est faite par l’auteur aux analyses critiques du sionisme et à celles des sionistes.
Jusque là Marc Hecker semblait accorder une importance égale aux citations des deux bords : d’un côté, Théo Klein, Elie Barnavi et Raymond Aron et de l’autre Samir Kassir et Farouk Mardam-Bey ou encore Alain Dieckoff. Cette pseudo-égalité dans les références ne peut pas faire office d’objectivité dans la mesure où l’égalité n’existe pas entre Israéliens et Palestiniens sur le terrain.
On ne peut pas placer sur le même plan colonisateurs et colonisés de même qu’on ne peut pas considérer équivalentes l’idéologie de la domination et sa critique.L’auteur est certes victime d’une fausse conception épistémologique mais cette explication est insuffisante pour cerner la totalité du personnage.
Car il s’appuie sur Samir Kassir et Farouk Mardam-Bey pour dire que « la politique arabe de la France n’existe plus », pour aussitôt démentir cette thèse en s’appuyant sur le mensonge sans fard de la « politique équilibrée » de Strauss-Kahn. De l’égalité de parole entre les sionistes et leurs critiques, Marc Hecker glisse subrepticement vers la promotion des « tenants d’Israël » comme il aime à les appeler. Son neutralisme masque mal son adhésion silencieuse à des positions sionistes. III-Jacques Chirac, un « philosémite pro-arabe » à l’Elysée
La politique chiraquienne à l’égard du Proche-Orient est caractérisée par des contradictions : le président français, proche des juifs français, cherche à ménager l’État d’Israël tout en essayant de promouvoir les intérêts de la France dans le monde arabe. Le passé politique de Jacques Chirac, lorsqu’il était premier ministre Valérie Giscard d’Estaing, a déjà montré la nature de ses contradictions : d’un côté il multiplie les gestes envers la communauté juive de France et de l’autre il œuvre pour la coopération militaire avec l’Irak qui aboutit à la constitution du réacteur nucléaire d’Osirak détruit par l’aviation israélienne en 1981.
En 1995, Chirac est le premier président français à reconnaître, lors d’un discours qui a reçu un grand écho en Israël, la responsabilité de l’État français dans la déportation des juifs pendant la seconde guerre mondiale. En 1996, Chirac se rend en Israël mais son voyage tournera à l’incident diplomatique après avoir été bousculé par les gardes du corps. En 2000, c’est le premier ministre Jospin qui est en voyage en Israël, voyage au cours duquel il qualifiera à plusieurs reprises le Hezbollah d’organisation terroriste ce qui lui vaudra des jets de pierres à la sortie de l’université de Bir-Zeit.
Les années 2000 sont caractérisées par des tensions entre la France et Israël notamment à cause des accusations d’antisémitisme que les dirigeants israéliens portent contre la France. En janvier 2002, le vice-ministre des affaires étrangères, Michael Melchior, déclare que la France est le « pire pays occidental » du point de vue de l’antisémitisme. En 2004, Ariel Sharon demande aux juifs français de venir s’installer en Israël à cause de l’antisémitisme. A cette époque, la politique proche-orientale a connu des revirements permanents, « en dents de scie » selon l’expression d’Elie Barnavi et Luc Rosenzweig : Arafat est soigné à Paris en octobre 2004 mais Sharon est en visite à Paris en juillet 2005 et la France, à l’instar d’Israël, se montre ferme à l’égard de Damas et Téhéran.
Commentaire du CAPNous sommes d’accord avec l’auteur pour dire que la politique chiraquienne à l’égard du Moyen-Orient est traversée par des contradictions, des tensions, des revirements. Marc Hecker oublie cependant de dire que sous Chirac la politique étrangère n’est qu’une pale copie de la politique gaullienne. Car les débuts de la 5ème République ont voulu marquer une rupture avec la collaboration puissante qui unissait la 4ème République avec Israël alors que les présidences chiraquiennes semblent avoir pris acte de l’héritage sioniste de la politique mitterrandienne et avoir voulu l’aménager dans un sens qui ne nuise pas trop aux intérêts de la France au Moyen-Orient.En outre, la politique étrangère sous Chirac aurait très bien pu partir du fait qu’un mouvement social de résistance fort s’est constitué en Palestine, celui de la première intifada (1987) et de la seconde (2000), pour faire pression sur l’État sioniste, pour éviter de trop lui concéder. De ce point de vue, la situation était plus difficile, plus contraignante à l’époque de de Gaulle où les questions proche-orientales étaient essentiellement déterminées par les rapports entre les États de la région et les grandes puissances.On voit clairement à la lecture de ces situations différentes que la référence au gaullisme n’a qu’une valeur symbolique pour Chirac, que sa pratique s’inscrit plutôt dans la continuité du mitterrandisme et de sa politique pro-israélienne.Si on se focalise maintenant sur les citations, les personnalités ou les auteurs mis en exergue, on se rend compte que de ce côté-là aussi Marc Hecker se fourvoie. L’expression « philosémite pro-arabe » pour désigner Jacques Chirac est due à Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, connu pour son sionisme éhonté et placé par l’auteur au rang de référence intellectuelle ultime dans ce chapitre. Mais analysons l’expression en elle-même.Que signifie être « philosémite pro-arabe » ? Que l’on aime les juifs mais qu’on défende les intérêts des arabes ! Cela n’a pas de sens ! Chirac aimerait les juifs et défendrait les intérêts des arabes. A la rigueur, il peut aimer les juifs et défendre les intérêts français en pays arabes. Et encore, car la réaction de la France lors de l’agression du Liban à l’été 2006 par l’armée israélienne a été bien molle, ne condamnant que l’ « usage disproportionné de la force ».Or le Liban est considéré historiquement par la France comme un pays stratégique pour elle dans la région et comme un « pays ami ». En revanche, l’État français s’est montré ferme à l’égard de la Syrie et de l’Iran lorsque ceux-ci étaient soupçonnés d’ingérence dans la situation politique libanaise, comme si la France, elle, était fondée en droit à y intervenir. Et Marc Hecker continuant de se référer à Elie Barnavi, reprenant à son compte l’expression « relations en dents de scie entre les deux pays » alors que les provocations israéliennes, les chantages à l’antisémitisme, n’étaient qu’un moyen de pression sur l’État français pour obtenir de lui un approfondissement de la collaboration. Processus qui sera parachevé par l’arrivée au pouvoir de Sarkozy et l’alignement de la politique étrangère française sur la politique extérieure des États-Unis.
Partie 2 : Les modalités de la défense des intérêts de l’État d’Israël en France Chapitre
1 : Les principaux acteurs de la défense d’Israël en France
Trois types d’institutions s’occupent de la défense des intérêts d’Israël en France: il s’agit de l’ambassade d’Israël, des associations juives et des associations laïques favorables à l’État d’Israël.
I-L’ambassade d’Israël à Paris, défenseur essentiel de la cause israélienne en France
Le premier élément qui explique la forte activité de l’ambassade d’Israël en France, c’est sa taille : 42 diplomates. L’ambassade d’un pays d’envergure comparable comme le Liban n’en possède que 3 et celles du Brésil 19, de l’Inde 19 et des États-Unis 21. A cela il faut ajouter quatre consulats israéliens implantés à différents endroits du territoire français. L’explication de l’importance de l’ambassade d’un petit pays comme Israël réside en premier lieu dans la densité des relations franco-israéliennes.
Le deuxième facteur selon Barnéa Hassid, porte-parole de l’ambassade d’Israël, tient au fait que les fonctionnaires détachés auprès de l’ambassade obtiennent l’immunité diplomatique, ce qui grossit les chiffres de cette institution. Enfin, l’importance de la communauté juive en France et les liens puissants qui l’unissent à l’État d’Israël constituent l’ultime élément qui conditionne l’importance et la spécificité de cette ambassade.
Généralement, l’ambassade d’Israël et les organisations juives entretiennent des relations apaisées et travaillent de concert, exceptée la période où Ovadia Soffer était à la tête de l’ambassade et Théo Klein à la tête de CRIF (période 1986-1989). Des divergences politiques opposaient les deux leaders, Théo Klein étant pour la négociation avec l’OLP et la création d’un État palestinien. Aujourd’hui les positions politiques du CRIF, et ce depuis le départ de Théo Klein, sont identiques à celles de l’ambassade. Une solidarité puissante, des rapports entre « frères » selon le mot de Barnéa Hassid, unissent donc l’ambassade d’Israël aux organisations juives et plus généralement à la communauté juive, qui a tendance à considérer les diplomates israéliens en France comme ses porte-parole.
Commentaire du CAP
Les descriptions de l’importance de l’ambassade, de ses rapports avec le CRIF et la communauté juive apportent des informations utiles pour comprendre l’ampleur de la mobilisation en France pour les intérêts d’Israël. On y voit clairement que l’ambassade jouit d’une légitimité forte auprès de la population juive mais une telle adhésion au sionisme, un tel soutien apporté au système colonial israélien ne sont pas questionnés. Un tel positionnement politique en faveur de l’État d’Israël bafoue pourtant les droits les plus élémentaires à l’existence des palestiniens, c’est l’acceptation du racisme institutionnalisé et la caution donnée aux massacres et à la purification ethnique. Marc Hecker se garde bien d’aborder les problèmes qui fâchent craignant sans doute de s’attirer les foudres de la nouvelle inquisition sioniste, prête à taxer d’antisémitisme tout ce qui ne s’agenouillera pas devant Israël. Mais cette prudence qui peut se comprendre n’est pas la seule raison de l’absence d’analyse critique des faits présentés. Marc Hecker est lui-même contaminé par les conceptions sionistes, celles qui vont dans le sens de la solution illusoire à deux États, et finit par prendre comme allant de soi des faits qui méritent interrogation.
II-Le rôle des associations juives dans la défense des intérêts d’Israël en France
Il existe en France 3000 organisations juives qui ne mobilisent pas plus du tiers de la communauté juive estimée à 600000 personnes.Le CRIF a été crée en 1944 avec pour vocation d’unifier les actions de sauvetage des juifs persécutés. Aujourd’hui, l’objectif central du CRIF est la promotion des intérêts d’Israël. L’article 1 des statuts de 2000 est significatif à cet égard : « le CRIF manifestera à tous moments et par les moyens appropriés les sentiments de solidarité et d’attachement de la communauté juive de France envers l’État d’Israël ». La vraie rupture a eu lieu en 1977 avec une nouvelle charte qui selon Samir Kassir et Farouk Mardam-Bey fait du CRIF un « lobby d’Israël en France ».Le CRIF regroupe aujourd’hui une soixantaine d’associations. En théorie, il a le monopole de la représentativité politique des juifs de France mais il arrive que d’autres organisations entrent en concurrence avec lui comme le Consistoire Central au moment de l’arrivée de Joseph Sitruk au poste de grand rabbin de France en 1987. D’autres organisations interviennent aussi sur des sujets d’ordre politique : le B’nai B’rith, l’UEJF, l’UPJF, Siona, la Wizo.
Le B’nai B’rith a été crée en 1845 sur le modèle de la franc-maçonnerie. Il regroupe aujourd’hui 500.000 membres dans 57 pays dont 2.500 en France. Il est considéré comme une organisation humanitaire (statut d’ONG auprès de l’ONU) mais parmi ses missions figure clairement le soutien à l’État d’Israël.L’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) compte 15.000 membres et « se pose en soutien réfléchi et efficace de l’État d’Israël ». La Wizo est la première organisation féminine sioniste. Elle compte 250000 membres dont 7000 en France et prend clairement des positions en faveur d’Israël. L’UPJF (Union des Patrons Juifs de France) est une organisation qui se pose en véritable « lobby pro-israélien » selon l’expression d’Emmanuel Weintraub, ancien vice-président du CRIF. Elle entretient des liens étroits avec l’AIPAC aux États-Unis. Le deuxième objectif de l’organisation est de « développer une solidarité active et une aide à Israël et à son gouvernement élu démocratiquement ». Elle compte 1.000 membres.
Toutes ces organisations ont une forte capacité de mobilisation lors des manifestations et travaillent de concert avec le CRIF.
Commentaire du CAPMarc Hecker décrit avec clarté les grandes organisations juives en France et montre précisément à la fois leur caractère politique et leur sionisme-même si l’auteur n’aime pas utiliser ce terme-en explicitant les articles de leurs chartes respectives qui manifestent leur attachement et leur soutien à Israël. Cependant l’auteur élude la question de l’existence d’un lobby pro-israélien en France représenté par l’une de ces organisations ou par toutes ces organisations prises ensemble. Même un sioniste comme Weintraub ose affirmer par exemple que l’UPJF constitue un lobby mais Marc Hecker ne commente pas cette assertion, préfère passer outre, évitant ainsi de faire des vagues. Pourtant ses descriptions concrètes allaient dans le sens de la thèse de l’existence d’un lobby pro-israélien puisque l’on y apprend que les différentes organisations affichent les mêmes positions sionistes et qu’elles travaillent conjointement, sous la bannière du CRIF, lors de certaines mobilisations. Ce refus de poser la question du lobbying chez Marc Hecker traduit en fait la peur de considérer que la communauté juive en France a un poids politique considérable sur le système politique français. En niant cette réalité, l’auteur se trouve déchiré entre des études concrètes lucides dénonçant l’influence juive pro-israélienne et des conceptions politico-théoriques plutôt favorables au sionisme. Si les représentations théoriques constituent un obstacle à l’analyse au lieu de contribuer à la connaissance et à la compréhension du réel, alors il est clair qu’elles s’apparentent davantage à de l’idéologie qu’à une méthode de recherche.
III-L’implication d’associations et d’institutions laïques pour la défense d’Israël en France
L’Association France-Israël est l’organisation la plus active dans la défense des intérêts d’Israël. Elle est l’héritière de l’Association France-Palestine crée en 1926 et dont le but était la création d’un État juif au Proche-Orient. En 1948, l’association devient France-Israël et se donne pour objectif de renforcer les liens entre la France et Israël. Certains membres à la tête de l’association sont aussi impliqués dans des associations laïques pro-israéliennes comme Rudy Salles qui est vice-président de l’Association France-Israël, vice-président de l’assemblée nationale, président du groupe d’amitié parlementaire France-Israël, membre du bureau exécutif de l’Association des Elus Locaux et Maires Amis d’Israël (Adelmad).Le Groupe d’amitié parlementaire France-Israël comprend 103 députés, toutes tendances politiques confondues. Selon Rudy Salles, ce groupe vise à « informer les députés français sur ce qui se passe en Israël, sur la réalité de la situation et pour qu’Israël soit toujours au cœur des préoccupations du Parlement français ». Ce groupe a son équivalent au Sénat : le Groupe d’amitié France-Israël au Sénat dirigé par Philippe Richert.Les motivations qui expliquent l’engagement en faveur d’Israël dans le cadre de ces associations laïques ne relèvent pas d’un racisme anti-arabe comme l’ont montré les entretiens effectués. Deux types d’argument sont souvent invoqués pour justifier le soutien à Israël : cet État constitue la seule véritable démocratie dans la région (justification de Rudy Salles) ou les Juifs ont trop souffert pendant la seconde guerre mondiale (justification de Philippe Richert). Commentaire du CAP103 députés font partie du Groupe d’amitié France-Israël !
L’affaire est bien plus grave que la simple existence d’un lobby qui essaierait d’influencer la politique française de l’extérieur.
Le sionisme est au cœur des institutions et de l’État français. Sans parler des députés qui ne sont pas dans ce groupe mais qui partagent des positions sionistes. Sans parler de l’Adelmad qui comprend plus de mille élus et dont le président n’est autre que le fameux député de Seine-Saint Denis et vice-président de l’Assemblée nationale Eric Raoult, connu pour son couvre-feu imposé aux mineurs pendant les émeutes de novembre 2005. Ou de l’Association France-Israël qui a pour président Gilles-William Goldnadel, pour président d’honneur Michel Darmon (ingénieur général du Génie Maritime) et pour vice-présidents Georges Frèche (député-maire de Montpellier), André Rossinot (ancien ministre, député-maire de Nancy), Gilbert Gantier (député de Paris), Claude Goasgen (ancien ministre, député de Paris), Paul Schaffer (industriel), Rudy Salles (vice-président de l’Assemblée Nationale, président du Groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée Nationale, député des Alpes Maritimes) et qui comprend dans ces instances dirigeantes des dizaines d’autres élus, chefs d’entreprise, scientifiques, professeurs, médecins, journalistes, etc.Les pratiques de lobbying des organisations sionistes existent et consistent à influencer par différents moyens les décisions prises par l’État français. Mais elles ne constituent que la face émergée de l’iceberg. Car le travail en profondeur en faveur des intérêts d’Israël est organisé à l’intérieur même des cercles de pouvoir par les sionistes qui détiennent des positions-clé dans le système, au gouvernement, au parlement, dans les échelons locaux du pouvoir, au sein de l’armée, dans les partis et les associations, dans la magistrature, au sein des médias, dans les universités et les centres de recherche. L’État français est acquis au sionisme, c’est aussi l’idéologie dominante dans les classes dominantes contemporaines et même au sein de la population règne un sionisme ambiant relayé tambours battants par ces appareils idéologiques d’État qu’on appelle les medias. Car combien sont-ils ceux qui remettent en cause aujourd’hui l’existence-même de l’Etat colonial d’Israël ? L’Etat d’Israël est un État colonial et raciste, c’est sa nature profonde, l’histoire de son expansion, de ses guerres permanentes et de ses pratiques de purification ethnique le prouve abondamment. Accepter l’existence d’un État israélien à côté d’un Etat palestinien, c’est se situer encore et toujours sur les plates-bandes idéologiques du sionisme.
Chapitre 2 : Les pratiques des défenseurs des intérêts d’Israël en France
I-Rencontrer, discuter, informer
L’essentiel du travail des défenseurs de l’État d’Israël consiste à rencontrer les décideurs et à les informer sur le Proche-Orient car ils considèrent que les medias sont injustes dans le traitement réservé à Israël, voire antisémites. Certains groupes pro-israéliens veulent convaincre les journalistes d’être plus conciliants à l’égard d’Israël (grâce à des discussions, des voyages organisés en Israël). Cependant, on ne peut pas reprocher aux organisations pro-israéliennes de faire de la propagande car leur credo permanent est celui de l’objectivité.Le travail d’information vise aussi de manière spécifique les cercles de pouvoir, de l’élu local au président de la République. L’Adelmad organise une fois par an au moins un voyage d’élus locaux en Israël. Le CRIF organise de son côté des voyages de députés. De même le diner annuel du CRIF rassemble chaque année de nombreuses personnalités politiques. Les contacts les plus nombreux du CRIF ont lieu avec les hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur et de l’Education nationale, vient ensuite le ministère des Affaires étrangères. Les défenseurs d’Israël pensent que pour influencer la politique étrangère de la France, ils doivent agir sur le président. Le Quai d’Orsay tient un rôle important dans la définition de la politique étrangère mais les défenseurs d’Israël considèrent qu’il est anti-israélien et pro-arabe.Pour éviter que l’image des juifs ne se dégrade à cause des résonnances du conflit israélo-palestinien, les défenseurs d’Israël s’attachent à persuader l’ensemble de la population de la légitimité d’Israël. Cela passe indirectement par les contacts avec les journalistes mais aussi par les interventions directes dans les medias.
Commentaire du CAP
Marc Hecker décrit des pratiques dignes d’un lobby qui par un travail « informationnel », selon le terme aseptisé de l’auteur et en réalité plutôt un travail de pression idéologique, cherche à influencer les modes de pensée des décideurs et de la population et permettre ainsi le soutien inconditionnel de l’État français à l’État d’Israël. Mais aucune fois le terme de lobby n’est utilisé car l’auteur veut échapper à toute accusation d’antisémitisme ou même à tout débat sur la question qui pourrait avoir de près ou de loin des implications fâcheuses. Si tel est le cas, pourquoi avoir choisi ce sujet à risque ? Pour avoir eu le mérite de traiter un sujet réputé dangereux mais par une approche qui lève toute suspicion sur les dispositions prévenantes de l’auteur vis-à vis des « défenseurs de l’État d’Israël ». Et ainsi gagner sur tous les plans. Comment comprendre sinon que l’auteur semble croire sur parole que les sionistes sont objectifs et ne font pas de propagande ? A moins d’être niais, on sait très bien que les menteurs professionnels soutiendront toujours l’idée qu’ils parlent vrai. Mais on préfère penser que l’auteur fait seulement preuve d’allégeance aux maîtres d’aujourd’hui. Surtout que notre spécialiste de la question juive est doctorant au moment où il écrit et que son instinct lui fait percevoir clairement que tripoter maladroitement cette question peut lui bloquer à tout jamais sa carrière.
II-Soutenir Israël par des manifestations de masse
La première grande manifestation (environ 30.000 personnes) de masse a eu lieu le 31 mai 1967 devant l’ambassade d’Israël pour exprimer le soutien à l’État hébreu à l’approche de la guerre des Six Jours. La dernière en date (entre 50.000 et 250.000) a eu lieu début avril 2002 contre le développement de l’antisémitisme et pour la solidarité avec le peuple israélien. La venue en France de personnalités (pro)palestiniennes a aussi été l’occasion de manifestations (Arafat en mai 1989).Un autre type de manifestation, plus régulier, est aussi organisé comme les « Douze heures pour Israël » inauguré en 1976. Ce type de mobilisation sous forme de meeting a pour objectif de resserrer les liens franco-israéliens. Dans le cadre de ces meetings, on retrouve les grandes organisations pro-israéliennes (CRIF, FSJU, Consistoire Central, Consistoire de Paris) et des personnalités importantes interviennent et s’engagent publiquement en faveur d’Israël comme F.Hollande ou D.Staruss-Kahn en 2003.Commentaire du CAPQuel est l’objectif de ces manifestations ? Contrairement à la plupart des manifestations, celles-ci n’ont pas de caractère contestataire, elles ne visent pas à combattre une injustice ou à remettre en cause une loi ou une mesure oppressive. Ces manifestations sont organisées en priorité pour maintenir une pression régulière sur les gouvernants et secondairement pour faire une publicité au sionisme au sein de la population française.Cette technique de défense des intérêts d’Israël ne peut pas être mise en vis-à-vis avec d’autres types de manifestation comme celle par exemple du mouvement pro-palestinien car elles n’ont pas la même nature. Les associations pro-israéliennes veulent faire en sorte que les décisions politiques aillent toujours dans le sens du primat des intérêts israéliens alors que le mouvement pro-palestinien dénonce une situation d’oppression coloniale. C’est pourquoi l’organisation des manifestations de masse par le CRIF et consort reste une pratique qui s’intègre dans le dispositif de pression tous azimut et de lobbying, ce dispositif étant lui-même un des éléments dans le dispositif d’ensemble de contrôle du pouvoir d’État.CONCLUSION
Les défenseurs des intérêts israéliens considèrent que la France a pris un virage pro-arabe et qu’il est nécessaire d’agir pour rééquilibrer cette politique. Les modes d’action sont l’information et la discussion, publiques ou informelles, avec les décideurs et les faiseurs d’opinion et l’organisation des manifestations de masse. Il n’est cependant pas possible de parler de lobby pro-israélien pour plusieurs raisons. D’une part, il y a un danger d’amalgame entre lobby israélien et lobby juif. D’autre part, il y a une absence de coordination entre les différentes organisations, tant au niveau des buts que des moyens d’action. Enfin, les défenseurs de l’ État d’Israël ne sont pas des professionnels, ils n’exercent pas ce travail à temps plein.Aujourd’hui, la France ne tient plus la place importante dans le monde qu’elle a eu par le passé, et l’enjeu s’est sans doute déplacé au niveau de l’Europe. Telle est la perspective de travail que doivent mener les organisations pro-israéliennes.
Commentaire du CAP
En conclusion, Marc Hecker pose enfin le problème de l’existence du lobby pro-israélien pour répondre par la négative. Il avoue à demi-mot sa crainte d’aborder le sujet lorsqu’il affirme qu’il faut rejeter cette notion de lobby israélien car il y a un risque d’amalgame avec celle de lobby juif.Alors il est légitime de demander à l’auteur si le chercheur peut renoncer à certaines catégories, certaines analyses, de peur que certains manipulateurs fassent des amalgames et s’adonnent à la calomnie contre ledit-chercheur. L’absence de coordination entre les associations pro-israéliennes est loin d’être une proposition certaine, car à plusieurs reprises elles ont travaillé de concert pour mobiliser.Ce qui est sûr, c’est qu’elles ont des intérêts convergents, un objectif commun, des lignes politiques identiques-la défense des intérêts d’Israël-et qu’en ce sens elles constituent un réseau puissant qui influence de manière décisive les gouvernants. Quant à l’absence de professionnalité, elle fait du lobby pro-israélien en France quelque chose de moins formel que le lobby juif aux États-Unis. Mais cela n’enlève rien à son caractère de lobby, de groupe de pression sur le pouvoir.Le diner annuel du CRIF est parlant à cet égard, au cours duquel le président de cette organisation dresse les grandes lignes à suivre de la politique étrangère française devant des dirigeants français qui semblent boire ces paroles. Marc Hecker a peur de prononcer le mot lobby mais la « sionisation » de l’État français est un problème bien plus grave et une question bien plus importante. Historiquement, c’est la gauche qui a rendu possible les réalisations les plus significatives du sionisme dans sa stratégie de contrôle du pouvoir politique : la SFIO sous la 4ème République et le PS sous la 5ème République. Mais la grande nouveauté de ces dernières années, c’est la conversion massive de la droite au sionisme.L’arrivée de Sarkozy et de ses acolytes au pouvoir est à la fois le symbole et le résultat de ce processus métastatique de « sionisation » de l’État français.
Marc Hecker dresse finalement la perspective que doivent suivre les associations pro-israéliennes, l’action au niveau européen.
Marc Hecker avouerait-il qu’il travaille de concert avec les défenseurs de l’État d’Israël ?
Source : Comité Action Palestine
Imposing the New World Order
Imposing the New World Order
Review of F. William Engdahl’s ”A Century of War” (Part II)
Stephen Lendman

February 15, 2008
Part II continues the story of “A Century in War” in Part I. It’s breathtaking in scope and content, and a shocking and essential history of geopolitics and the strategic importance of oil. Part I covered events from the late 19th century through the end of the 1960s. Part II completes the story to the present era under George Bush.
Running the World Economy in Reverse: Who Made the 1970s Oil Shocks?
In 1969, the US was in recession, interest rates were cut, dollars flowed abroad, and the money supply expanded. In addition, in May 1971, America recorded its first monthly trade deficit that triggered a panic US dollar sell-off. Things were desperate, gold reserves were one-quarter of official liabilities, and Nixon shocked the world on August 15. He unilaterally imposed a 90 day wage and price freeze, a 10% import surcharge, and most importantly closed the gold window, suspended dollar convertibility into the metal, and shredded the Bretton Woods core provision. He also devalued the dollar by 8%, far less than what US allies wanted.By this action, Nixon “pulled the plug on the world economy” and set off a series of events that shook it. Further deterioration followed with massive capital flight to Europe and Japan. It forced Nixon to act again on February 12, 1973. He announced a further 10% devaluation, major world currencies began a process called a “managed float,” and world instability was the worst seen since the 1930s.
Unknown was the reason behind the August, 1971 strategy. It was to buy time before initiating a bold new monetary “paradigm shift” – to revive a strong dollar and US world power with it. In May 1973, the scheme was hatched – to initiate a “colossal assault” on world industrial growth through a 400% increase in oil prices. In addition, the resulting petrodollar flood had to be managed. A global oil embargo was the scheme to rocket up its price and create an equally great demand for dollars.
Kissinger’s Yom Kippur war began it when Egypt and Syria invaded Israel on October 6, 1973. It wasn’t by accident as Washington and London carefully orchestrated the conflict while Kissinger controlled Israel’s response. An oil embargo followed, OPEC prices skyrocketed 400% overnight, panic ensued, Arab oil producers were scapegoated, and the key part of the scheme took shape. It was for much of the windfall oil revenue (mainly Saudi, the world’s largest producer) to be recycled into US investments.
Following a Tehran January 1, 1974 meeting, a second price increase doubled the price of oil for even more recycling. The net effect – the worst American and European economic crisis since the 1930s with bankruptcies, unemployment, and in the US, a bonus of stagflation. The fallout was horrific. It brought down most European governments but its effects on developing states were devastating. Nixon as well got caught in the “Watergate affair” that benefitted Henry Kissinger hugely. He became de facto president throughout the period while his boss battled to survive and lost. For Big Oil and major US and London banks, it was even sweeter. They profited handsomely.
Other issues were at stake as well, one of which was potentially cheaper nuclear electricity as an alternative energy source. By the early 1970s, it was viewed favorably, and European governments favored building 160 to 200 nuclear plants by 1985. For the first time, America’s nuclear export market was threatened as well as Big Oil’s overall energy dominance. It got Anglo-American think tanks and journals to launch an “awesome propaganda offensive” to ensure the oil shock strategy’s success. The scheme was an “Anglo-American ecology agenda” (strongly anti-nuclear) that became “one of the most successful frauds in history.”
A second Malthusian plot was also hatched through a classified Kissinger April 1974 memo. It was a secret project called National Security Study Memorandum 200 (NSSM 200) that called for drastic global population reduction. It reasoned that many developing nations are resource rich and vital to US growth. If Third World populations grow too fast, their domestic demand will as well, and that will pressure price rises for their goods. Curbing population growth was the counter strategy. It’s also self-defeating along with horrific fallout for targeted countries.
Europe, Japan and a Response to the Oil Shock
By late 1975, industrial countries began recovering but not developing ones. The oil shock was crushing and prevented their ability to finance industrial and agricultural growth and the hopes of their people for a better life. Perversely, it was also at a time the worst global drought in decades hit Africa, South America and parts of Asia especially hard. The fourfold increase in oil prices exacerbated conditions and increased developing states’ current account deficits sevenfold by 1976. They halted internal development to preserve revenue for debt service and to buy oil. Conditions also let foreign banks and later the IMF provide loans that became an onerous debt bondage cycle.
At the same time in 1974, 70% of surplus OPEC revenues were recycled abroad into equities, bonds, real estate and other investments as part of an exclusive OPEC decision to accept only US dollars for oil. It forced world nations to buy enormous amounts of dollars and do it when the currency was weak. This effectively replaced the gold standard with a “highly unstable (petrodollar) exchange system.” Washington and New York banks planned to control it and thus benefit from artificially inflated oil prices.
The scheme transformed the world economy and began an unprecedented transfer of wealth to an elite minority. Engdahl called it “a perverse variation on the old mafia ‘protection racket’ game.” Third World agricultural and industrial development suffered so a select few could prosper. It sent shock waves through the developing world and got a Colombo, Sri Lanka gathering to confront it.
Officials from 85 Non-Aligned Nations met in the Sri Lankan capital in August, 1976 and produced a document unlike any others by developing states post-war. Its theme was “A fair and just economic development, and its contents stated that “economic problems have become the most difficult aspect of international relations (and) developing countries have become the victim(s) of this worldwide crisis.” Steps were proposed to address it, and they called for a “fundamental reorganization of the international trade system to improve” its terms. They also wanted the international monetary system overhauled and the “explosive issue” of foreign debt raised for the first time.
The proposal was then presented at the annual UN General Assembly meeting in New York. It was a “political bombshell,” and financial markets reacted sending bank shares and the dollar lower. The fear was a potential alliance between key oil producing states and continental Europe and Japan. If in place, it could challenge Anglo-American dominance, had to be confronted, and Henry Kissinger got the job with “the full power and force of the US government.” He warned EEC foreign ministers and disrupted any efforts they were considering to ally with OPEC and the non-aligned group.
Coordinating with Britain, he also forced key non-aligned nation strategists out of office within months of their declaration. The threat was thwarted and leading New York and London banks took full advantage. They turned on the spigot and increased lending to developing nations under draconian IMF terms.
Down but not out, North-South cooperation resurfaced in new ways. In late 1975, Brazil contracted with Germany to build a nuclear power plant complex. A similar deal was made with France for an experimental fast breeder reactor. Mexico as well decided to go nuclear for part of its electricity to conserve oil and so did Pakistan and Iran. The Shah’s oil revenues were substantial, and his idea was “to realize an old dream” – to create a modern energy infrastructure, built around nuclear power generation, that would transform the entire Middle East’s power needs. In 1978, Iran had the world’s fourth largest nuclear program, the largest among developing states, and the plan was for 20 new reactors by 1995.
The idea was simple – to diversify from Iran’s dependence on oil and weaken Washington and London’s pressure to recycle petrodollars. Also involved was investing in leading European companies to ally with the continent. Washington was alarmed and tried to block the plan but failed. Nonetheless, the Carter administration continued Kissinger’s strategy behind a phony “human rights” mask. In reality, the game was unchanged – limit Third World growth and maintain dollar hegemony. It failed miserably but threats to dollar dominance were stalled for a time.
They resurfaced in June, 1978 on the initiative of France and Germany. Responding to policy disagreements and a fluctuating dollar, they took steps to create a European currency zone and proposed Phase I of the European Monetary System (EMS) under which central banks of EEC countries agreed to stabilize their currencies relative to each other. EMS became operational in 1979 with notable positive results. This worried Washington and London as a threat to petrodollar supremacy, Britain refused to be an EMS partner, and Carter was unable to dissuade Germany from pursuing a nuclear option. The situation required drastic action.
It began in November 1978 with a White House Iran task force that recommended Washington end support for the Shah and replace him with Ayatollah Khomeini, then living in France. It would be by the same type coup that overthrew the Iranian government in 1953 along with broader aims that again are in play in the region.
Key then (and now) was to balkanize the Middle East along tribal and religious lines – a simple divide and conquer strategy that worked in the 1990s Balkan wars. The aim was to create an “Arc of Crisis” that would spread to Central Asia and the Soviet Union. Another 1978 event highlighted the urgency. At the time, the Shah was negotiating a 25-year oil agreement with British Petroleum (BP), but talks broke down in October. BP demanded exclusive rights to future Iranian output but refused to guarantee oil purchases. The Shah balked and was on the verge of independently seeking new buyers with eager ones lined up in Germany, France, Japan and elsewhere.
Washington and London were alarmed and acted. They implemented destabilization plans, starting with cutting Iranian oil purchases. Economic pressures followed, and trained US and UK agitators exacerbated them by fanning religious discontent and overall turmoil. Oil strikes as well were used. They crippled production and made things worse. American security advisors recommended Iran’s Savak secret police use repressive tactics to maximize antipathy to the Shah. The Carter administration cynically protested human rights abuses, and BBC correspondents exaggerated anti-Shah protests to rev up hysteria against him. At the same time, it gave Khomeini an open platform to speak and prevented the Shah from replying.
Things came to a head in January, 1979 when he fled the country, and Khomeini returned to Tehran and proclaimed a theocratic state. Chaos was unleashed, and by May the new regime cancelled plans for further nuclear reactor development. At the same time, Iran’s oil exports were cut off, and the Saudis inexplicably cut their own in January. Spot prices skyrocketed, and a second oil shock ensued that was as deviously conceived as the first one. Then it got worse. In October, newly appointed Fed Chairman Paul Volker unleashed a new scheme that turned calamity into catastrophe by design.
It was a radical new monetary policy on the pretext of “squeezing inflation out of the system.” In fact, it was made-in-Washington fraud to preserve dollar hegemony, make it the world’s most sought currency, and crush industrial growth to let political and financial power prop up dollar strength. Volker succeeded by raising interest rates from 10% to 16% and finally 20% in weeks. World policy makers were stunned, economies plunged into the deepest recession since the 1930s, and the dollar began an extraordinary five year ascent.
The combined effect of oil and Volker shocks took “the bloom off the nuclear rose” and ended its threat to Anglo-American oil supremacy. And if more was needed it came on March 28, 1979 in the middle of Pennsylvania at a place called Three Mile Island. Conveniently, at the same time The China Syndrome was released that fictionalized the ongoing event. The combined effect was public hysteria, and later investigation revealed critical valves had illegally been closed. In addition, FEMA controlled all news to create panic. The scheme worked, and Anglo-American supremacy was reasserted over the industrial and financial world. Nothing is stable forever, however, and within a decade new rumblings would be felt.
Imposing the New World Order
The combined effects of two oil shocks and resulting inflation created a new US “landed aristocracy” while the vast majority of Americans saw their living standards sink. It was the same type scheme Margaret Thatcher imposed on Britain when she declared “there is no alternative.” Preaching free market hokum, she claimed deficit spending was the culprit, not two oil shocks causing 18% UK inflation. Her remedy – kill the patient to save it by cutting the money supply and government spending while sharply hiking interest rates to 17% in weeks, thereby causing depression she called the “Thatcher revolution.” Engdahl had another view saying: “Never in modern history had an industrialized nation undergone such (a counterproductive) shock” in so short a time, except in wartime emergency. Thatcher crushed the economy by design the way Volker did in America.
At the time, Britain’s problem wasn’t government ownership. It was lack of investment in public infrastructure, in educating a skilled work force, and in enough scientific research and development. Government isn’t the problem. Misguided policy is, and Thatcher and Volker excelled at it with one mutual aim – benefit their banks and Big Oil interests by cutting taxes and spending, reducing social services, privatizing and deregulating business, and breaking the back of organized labor in their brave new world order.
President Carter knew nothing about finance and economics and was duped into signing an “extraordinary piece of legislation” – the Depository Institutions Deregulation Monetary Control Act of 1980. It let the Fed impose reserve requirements on banks and be able to choke off credit to them. It also phased out interest rate ceilings banks could charge customers. Reagan continued the policies and was bamboozled by Chicago School ideologues like Milton Friedman. Engdahl called his radical monetarism “one of the most cruel economic frauds ever perpetrated.” It was that and more because of all the human wreckage it caused.
It led to the Third World debt crisis and its horrific fallout. It willfully immiserated millions of people, and events came to a head in the summer of 1982 with debtor states struggling to repay. Their burden was too onerous, and Reagan and Thatcher planned an example of what happens when nonpayment is an option. The Malvinas (or Falkland) archipelago was the targeted choice. It’s off Argentina’s coast but was hardly a reason for war. The issue wasn’t Argentina’s sovereignty. It was to enforce the principle that Third World debts must be paid by a “new form of 19th century gunboat diplomacy.” Two-thirds of Britain’s fleet was dispatched, a shooting war ensued, and Argentina became a test case.
Reagan backed Thatcher, and it soured relations with Latin American states like Mexico that also became a target. President Jose Lopez Portillo favored a modernization and industrialization policy and planned to use his oil revenue to implement it. The prospect of a strong Mexico was intolerable, Washington had other ideas, and a scheme was hatched to sabotage the plan by demanding rigid repayment of Mexican debt at exorbitant rates.
It began with an orchestrated run on the peso in the fall of 1981. Claims of an impending devaluation followed, and stories were planted of impending capital flight. An unavoidable austerity program followed, and the Portillo government cracked under pressure. It devalued the peso 30%, Mexican industry was devastated, many businesses were bankrupted, industrial production was cut and so were living standards for the majority of the people under conditions of orchestrated chaos.
Mexico effectively became insolvent at a time the US was in deep recession. Nonetheless, the Reagan administration hatched a plan to solve the debt crisis and save New York banks. Ignoring the root cause of the crisis, Secretary of State George Schultz offered IMF medicine combined with stimulating US consumer purchases as a way to increase Third World exports.
It would be “the most costly recovery in world history (and what followed) was almost beyond belief.” Lopez Portillo failed to rally Latin American support, and his term expired two months later. US officials then blackmailed Brazil and Argentina to back down, and debtor countries had to accept IMF terms that became “the most concerted organized looting operation in modern history,” far exceeding the worst of Versailles.
New York and London banks profited hugely the way they do today. First, they “socialize(d) their debt crisis” by getting unprecedented international repayment support. Working through governments and the IMF, they spun off their debt to taxpayers, privatized gains for themselves, and pummeled debtor countries by structural adjustment looting.
That was Step One. Next came Step Two – restructuring debtor nations’ repayment schedules that included onerous interest on top of oppressive principal. It caused mounting debt no matter how much was paid in an unending looting daisy chain still in play today and bigger than ever.
Back in the 1980s, here are the numbers. Between 1980 and 1986, 109 debtor countries were charged $326 billion in interest. They paid an additional $332 billion in principal for a total of $658 billion on original debt of $430 billion. In spite of it, in 1986 they still owed $882 billion, an impossible debt trap, and Engdahl attributed it to “the wonders of compound interest and floating rates” with a little gunboat diplomacy thrown in. Only one way out was possible – surrender economic sovereignty and valued raw materials, or else. Capital flight in the tens of billions followed, and it became a profit-making bonanza for major US banks.
In the 1980s, Americans also suffered. Reaganomics victimized them by structuring big gains for banks, oil and defense giants while ignoring the greater good and long-term economic health. The plan was nonsensical and built around the largest post-war tax cut until the combined three George Bush ones (with another coming) may have topped it. They did in nominal dollars, but Reagan’s was much bigger as a percent of GDP in an economy half today’s size.
Reagan and Bush had the same scheme in mind. Some call it “supply-side economics,” others a “voodoo” variety on the idea that tax cuts release “stifled creative energies,” stimulate higher economic growth and produce greater government revenue. The Reagan one signaled “anything goes.” Besides generous benefits for the rich and business, it encouraged speculative real estate investment, especially for commercial ventures. It also removed restrictions on corporate takeovers.
A year later, interest rates headed down, stock and bond prices shot up, a speculative bonanza was unleashed, and here’s the bottom line. Reaganomics failed to encourage productive investment, except for selected defense contractors. Money instead poured into equities and debt instruments, high-risk real estate, junk bond-financed leveraged buyouts, and tax-sheltered oil well and other development.
At the same time, infrastructure needs were ignored, organized labor was targeted, government became the problem, and deregulation the solution to get it off our backs. Throughout the 1980s and since: organized labor ranks declined, high-paying manufacturing jobs were lost, working American living standards declined, and an astonishing generational shift began – the annual wealth transfer of over $1 trillion from 90 million working class households to for-profit corporations and the richest 1% of the population to create an unprecedented wealth disparity. It continues unabated and is destroying the bedrock middle class without which democracy can’t survive and is already on life support and sinking.
Simultaneously, by the mid-1980s, the US went from being the world’s largest creditor to a net debtor nation for the first time since 1914. Budget deficits as well skyrocketed along with the national debt, and the true economic condition was revealed. “It was sick.” Today, it’s much sicker and depends on “the kindness of strangers” the way it did in the roaring twenties until the 1929 market crash smashed it.
At the end of the 1980s, a lesser version of it occurred from the savings and loan industry (S & Ls) collapse. During the decade, almost $1 trillion went into speculative real estate, and for the first time banks were allowed to participate. S & Ls took full advantage in an anything goes, deregulated environment. The 1982 Garn-St. Germain Act let them invest in anything they wished with government-backed $100,000 per account insurance. It allowed reckless speculation, massive fraud, and was an ideal way for organized crime and CIA to launder billions in drugs-related funds.
The 1980s ended the Reagan era when George HW Bush became President in 1989. It coincided with the fall of the Berlin Wall in November and breakup of the Soviet Union in 1991. Around the same time, it was decided to target the Middle East and its vast oil reserves to counter the fear of a united Germany and economically expanding continental Europe that could threaten US dominance. Saddam would be the victim and an easy target after being weakened by the 1980 – 1988 Iran-Iraq war and a $65 billion debt to foreign creditors.
The scheme was to lure him into a trap (with Kuwait as bait) to provide a pretext for US military intervention. The rest is history:
– Iraq invaded Kuwait on August 2, 1990;
– four days later Operation Desert Shield was launched; harsh economic sanctions were imposed and a large US troop deployment began;
– Operation Desert Storm began on January 17, 1991 and ended six weeks later on February 28;
– Next came 12 years of the most comprehensive genocidal sanctions ever imposed on a country that included a crippling embargo; hundreds of thousands died and millions suffered;
– Operation Iraqi Freedom was launched on March 19, 2003 and is still ongoing nearly five years later; the “cradle of civilization” was erased, a free market paradise created, and the death, human misery and displacement toll is incalculable for an impossible to win guerilla war.
From the Evil Empire to the Axis of Evil
In his 1991 State of the Union address, GHW Bush proclaimed a New World Order, quickly dropped the term but pursued the policy. The younger Bush does as well with focus shifted from the “Evil Empire” to the “Axis of Evil.” It was a vague construct that conveniently encompassed the Eurasian continent and its oil riches. To ensure US dominance, they had to be controlled, especially against key Japanese, European Union (EU) and emerging Chinese rivals.
A threefold scheme was hatched to do it:
– target Russia, eastern Europe and all parts of the world to ensure IMF rules and US dollar hegemony are maintained;
– control every country with significant energy or other vital raw material resources; and
– maintain unchallengeable military supremacy to deter opposition to US-imposed rules.
The catch word was “globalization.” It denies global justice, globalizes US dominance, and consolidates it by political, economic and military enforcement. At the start of the 1990s, however, Japan had become the world’s economic and banking leader and had to be confronted. A reckless speculation decade left American banks in deep crisis. Japan operated differently, prospered and challenged US supremacy. Its influence was recognized and had to be undercut.
Treasury Secretary James Baker laid the trap through the 1985 Plaza accord and the Baker-Miyazawa month later agreement. He got Tokyo to exercise monetary and fiscal measures to expand domestic demand and reduce Japan’s external surplus. At the same time, the Bank of Japan cut interest rates to 2.5% in 1987 and held that level until May, 1989. The plan was for lower rates to stimulate US goods purchases. Instead, cheap money went into Japanese stocks and real estate and led to colossal twin bubbles still deflating today.
The yen was also affected. Within months, it shot up 40% against the dollar, and overnight Japan became the world’s largest banking center, surpassing London and New York. As the country’s twin bubbles inflated, Japan became home to the world’s 10 largest banks, an astonishing achievement for a country its size or any country. Things were so extreme at the bubble’s peak that the value of Tokyo real estate, in dollars, exceeded all of it in the US, and the nominal value of Japanese stocks amounted to 42% of the world’s total – but not for long.
Tokyo equities peaked in December, 1989. Three months later, the Nikkei dropped 23% or over $1 trillion in value, and it was just the beginning. From its 38,915 peak, Japanese stocks plunged to 7831 in April, 2003 with no assurance that’s a bottom. Why and how could this happen? Japanese officials speculated on the reason.
In 1990, Japan proposed financing the former Soviet Union’s reconstruction and drew strong US opposition. In addition, Japan’s MITI model was suggested for former communist countries with Washington dead set against it for two reasons: it might exclude US companies, and it would rely on state economic guidance that impressively fueled Japanese and Asian Tiger growth. It had to be stopped as America had other ideas for the post-Cold War era.
Pressure was applied with threats of drastic US troop cuts that would endanger Japan’s security. The message was abandon economic plans or provide your own defense. At the same time, Japan’s twin bubbles kept deflating, months later the Nikkei had lost $5 trillion in value, the country was badly hurt, and its challenge to America was dropped.
That was Phase One. Phase Two confronted Asian Tiger countries because (like Japan) their economic model bested the US and threatened it. It was a major embarrassment to IMF rules that exploit developing states for America’s gain. In the 1980s, East Asia boomed with 7 – 8% annual growth rates compared to half that in the US. Their market economy followed state guidance and planning and it worked. They were also debt-free and unhampered by IMF restrictions. In addition, their model enhanced social security and productivity, promoted universal education and set limits on foreign investment and imports. Washington had other ideas.
In 1993, demands were made to deregulate, open financial markets, and allow free capital flows. Easing followed and trouble began. From 1994 to 1997, hot money flooded in and created speculative real estate, stock and other asset bubbles. Hedge funds (including George Soros’ billions allied with major international banks) forcefully acted. They attacked the weakest regional economy and its currency – Thailand and its baht. The aim? Force devaluation, and it worked. Thailand capitulated, floated its currency and turned to the IMF for help it never before needed.
Next came the Philippines, Indonesia and South Korea as their “populations sank into economic chaos and (mass) poverty.” Prosperous Asian Tigers were humbled, they were forced into IMF debt bondage, and Russia got the same medicine plus a bonus. A sole superpower remained under US dollar supremacy, and US military bases encircled its former adversary, were closing in, and targeted an emerging China as well.
Russian shock therapy was especially tragic. Washington wanted to deindustrialize the country to permanently destroy the old Soviet economic structure. Boris Yeltsin complied, and IMF wreckage was the scheme. A corporatist state replaced a communist one, and its apparatchiks were winners along with a handful of mutual fund managers who made dizzying returns from newly privatized Russian companies. In addition, 17 nouveau billionaires (called “the oligarchs”) emerged overnight, strip mined the country’s wealth, and shipped it overseas to safe havens.
Russia’s people were devastated and still suffer. Unemployment is epidemic, well over half the population is impoverished, 80% of farmers were bankrupted, and 70,000 state factories were shuttered. And it got worse. Social services ended, diseases like HIV/AIDS became rampant, suicides rose, violent crime jumped fourfold, and the population now declines by about 700,000 a year with free market medicine already having killed over 10% of it. Outside a select elite, the former superpower was humbled, reduced to Third World status, and it created potential for Big Oil to exploit Russia’s energy riches that were given away for kopecks on the ruble.
Seven oligarchs grabbed off half the country’s natural resources. Their hard currency profits were dollarized, but by summer 1998 things got out of hand. With the economy in trouble, the IMF extended an emergency $23 billion loan to support the ruble and protect speculative western investments, but it came too late. On August 15, Russia did the unthinkable. It defaulted and, for a time, shock the dollarized world. The largest of all hedge funds (LTCM) bet on the country and leveraged up manyfold. A financial disaster loomed, the Fed intervened, Russia’s default was quietly forgiven, and dollarization resumed.
Earlier, the Balkans got shock therapy and became a target for dismemberment with a simple idea in mind – destroy its mixed socialist economy that was independent of the West and couldn’t be tolerated. Europe’s soft underbelly also lies between central Asia’s oil and the route over which Washington wants it transported. It had to be brought to heel, and a US-led NATO was the way. Softening up began by the late 1980s, continued into the new decade, and George Soros was at it again. IMF medicine was employed, living standards plunged, and economic chaos resulted. Breakup began, each region was on its own, and a lot of pushing came from the West.
Croatia and Slovania seceded first in 1991. That lit the fuse that exploded in a series of Balkan wars. Slobadan Milosevic became the fall guy, was targeted for removal, conflict lasted the decade, and it culminated with US-NATO’s merciless 79 day 1999 Serbia bombing that caused an estimated $40 billion of destruction to the country’s economy and infrastructure. The US moved in and set up shop in one of its largest military bases in the world – Camp Bondsteel near Gnjilane in southeast Kosovo. It’s a Serbian province that was split off and occupied by design. The West’s divide and conquer strategy is in play, Kosovo heads for independence, and the mother country’s objections don’t matter.
At war’s end, US Eurasian control was enhanced but not guaranteed as the contest for Caspian riches is still in play with Russia, China and others vying for them.
A New Millennium for Oil Geopolitics
A new president accompanied the new millennium with a changed Washington focus – oil is at its core, controlling it is key, and Dick Cheney’s first job as vice-president was working with the (James) Baker Institute to draft the April 2001 National Energy Policy Report. It projected a growing dependency on foreign oil, highlighted Iraq’s “de-stabilizing influence,” and recommended “restat(ing) goals with respect to Iraq policy.” It also linked the Pentagon with future energy policy plans.
Core report recommendations signalled how with a crystal clear message:
– securing foreign sources is key;
– less than cooperative governments in volatile parts of the world control some of the largest sources; and
– Cheney highlighted concern at a private 1999 London Institute of Petroleum meeting saying: “by 2010 we will need on the order of an additional fifty million barrels a day.”
He didn’t flinch saying where we’d get it: “the Middle East, with two-thirds of the world’s oil and the lowest cost, is still where the prize ultimately lies….” and Iraq is the potential crown jewel with the largest of all untapped low-hanging fruit. Immediately on entering the White House, Cheney & Co. swung into action. They focused on Iraq like a laser, targeted Saddam Hussein, and removing him from office became top goal.
Washington teems with schemes and intrigue, but a neoconservative think tank was particularly diabolical. Established in 1997, it was called the Project for the New American Century (PNAC), its goal was unchallengeable US dominance, and a policy paper was drafted to achieve it. It appeared in 2000 and was called “Rebuilding America’s Defenses: Strategies, Forces and Resources for a New Century.” It stated that “America should seek to preserve and extend its position of global leadership by maintaining the preeminence of US military forces.” It further called for “American hegemony” and “full-spectrum dominance,” and believed achieving it would be long-term “absent some catastrophic and catalyzing event – like a new Pearl Harbor.”
A rogues gallery of PNAC members joined the Bush administration in 2001, key among them Dick Cheney, Donald Rumsfeld and Paul Wolfowitz, and topping their goals was removing Saddam Hussein. September 11 obliged, the “war on terror” was born, “terrorism” replaced communism as the new enemy, its core was in the oil-rich Middle East, and its headquarters was in Iraq. Removing the Taliban was just a warm-up for the main event ahead. It was conceived before bin Laden was “Enemy Number One” and overnight Al-Queda became western civilization’s greatest threat.
On October 7, 2001 (four weeks after 9/11), America went to war. Target One was Afghanistan, controlling Central Asian oil was the goal, transporting it through Afghanistan was the plan, and the Taliban had to go because they rejected one-way Washington (double) deal making. They fled Kabul five weeks later, Northern Alliance warlords took over, a puppet president was installed, war ended (for a time), and the focus shifted to Iraq.
Prepping the public began, Saddam became another Hitler, his WMDs threatened western civilization, so he had to go. “Shock and awe” began on March 19, 2003, and Baghdad fell three weeks later. Saddam was removed, fighting “officially” ended in May, and to almost no one’s surprise, no WMDs were found because they’re weren’t any, and that was known by the mid-1990s or earlier.
Paul Wolfowitz attended an unreported Singapore security conference in June. He was asked why America chose WMDs as a causis belli when none existed. He answered it was “the only thing we could agree on.” He was also asked why Iraq was targeted, not North Korea and its nuclear threat, and he explained: “The country swims on a sea of oil” so there was no other choice with world supply running out.
That conclusion came out of an alarming September 9, 2001 Oil Depletion Analysis Centre energy policy memo to Tony Blair. It highlighted “hydrocarbon difficulties,” declining output, and importance of Iraq as the one remaining untapped oil-rich country. Securing it was key because credible geological reports argued that easy cheap oil was dramatically declining while global demand was rising, especially in emerging China and India. For almost a century, world economic growth needed cheap, plentiful oil. No good substitute exists so controlling what’s left is essential.
Further, if “peak oil” has been reached, as many believe, its cost will explode, and one analyst predicted: “Beyond 2005, the energy required to find and extract a barrel of oil will exceed the energy contained in the barrel.” Further, he estimated most major oil sources are near or at peak, for every new barrel discovered, four are being used, and the only cheap untapped supply left is in the Middle East where around two-thirds of proved reserves remain. Five regional countries are key – Saudi Arabia, Kuwait, Iran, the Gulf Emirates (notably Qatar) and Iraq above all with estimates that its potential may be 432 billion barrels or around two-thirds more than Saudi Arabia’s proved reserves.
If true, Iraq’s importance is vital, its real estate is the world’s most valuable, and controlling it unchallenged means “Washington (holds) the trump cards over all potential economic rivals,” friends and foes. Even more grandiose would be to control every major and potential worldwide oil source and transport route to achieve unimaginable omnipotence. It would be a global-scale chokehold to decide who gets supply, who doesn’t, how much and at what price. It would thereby assure who controls world economic development and remains Number One.
Unchallengeable military power is key and the reason the Bush administration repositioned its global presence through a web of new bases. They’ve been strategically placed where Cold War geopolitics didn’t permit. Unsurprisingly, they target Eurasia and its importance Zbigniew Brzezinski highlighted in his 1997 book, “The Grand Chessboard.” He referred to the region as the “center of world power extending from Germany and Poland in the East through Russia and China to the Pacific and including the Middle East and Indian subcontinent.” Dominating it assures the US access to and control of its vast energy reserves, so that becomes Goal One.
But it doesn’t exclude broader aims, including Africa that will supply around one-fourth of future US oil supply, according to some analysts. It explains the Pentagon’s AFRICOM presence that’s expected to be fully operational by late summer and be responsible for the entire continent and its valued resources that include more than energy.
Swing over to Latin America and its energy potential. Countries like Venezuela, Colombia, Ecuador, Bolivia, Brazil and Mexico are very much in US plans with the Bolivarian Republic far and away most important. According to Hugo Chavez and some US estimates, the country has more potential reserves than Saudi Arabia when its heavy oil is included. It explains SOUTHCOM’S mission and command over 30 regional countries with a growing presence in a number of them and ongoing operations (some covert) throughout Latin America.
Engdahl ends his book discussing oil’s importance to US “full spectrum dominance.” Controlling it directly or indirectly through client regimes means holding “a true weapon of mass destruction (and) potential blackmail over the rest of the world. Who would dare challenge the dollar” as the world’s reserve currency? And if IMF rules keep restraining developing countries’ growth, their oil demand will be curbed, so all the more for America and its key Global North allies at a time when most world oil sources have peaked. More than ever then, controlling world energy reserves is crucial to maintaining economic growth.
The 1970s oil shocks were warning shots. Today, threatened shortfalls are real and worsening. We call controlling world supply promoting democracy, others see the subterfuge, and some critics feel our imperial arrogance defines our weakness. Today, America is unrivaled in global power, and Engdahl quoted the late Edward Said after Iraq’s invasion saying: “Every single empire (says) it is not like all the others, that (it’s special), that it has a mission to enlighten, civilize, bring order and democracy (and only use) force as a last resort.” It remains to be seen what’s ahead in “the New American Century,” but the evidence so far isn’t encouraging, and that’s putting it mildly.
Comme Sarajevo en 1914? L’indépendance du Kosovo est la mèche d’un baril de poudre
Comme Sarajevo en 1914? L’indépendance du Kosovo est la mèche d’un baril de poudre
par Jürgen Elsässer*
Les États-Unis ont mis au point un processus de déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, le 17 février prochain, suivi de sa reconnaissance par une centaine d’États. Ce faisant, non seulement ils admettent que l’opération de l’OTAN en 1999 était une guerre de conquête, mais ils ouvrent la porte à toutes les revendications séparatistes dans le monde. Et c’est bien le but, puisque il s’agit pour eux de provoquer par onde de choc la désintégration de la Fédération de Russie. Un jeu dangereux, dénonce Jürgen Elsässer, qui est de nature à déstabiliser toute l’Europe.

Le 28 juin 1914, l’héritier de l’empire austro-hongrois et son épouse sont assassinés à Sarajevo par un terroriste serbe, Gavrilo Princip (19 ans). Imputé à la Serbie par le gouvernement autrichien, l’assassinat va servir de prétexte au déclenchement de ce qui deviendra la Première Guerre mondiale.

Sur cette célèbre photo, cinq personnalités jurent, en octobre 1999, de conduire le Kosovo à l’indépendance. À gauche on reconnaît Hachim Tachi (alors chef du groupe terroriste UCK, actuel Premier ministre du gouvernement régional du Kosovo), puis Bernard Kouchner (alors administrateur de l’ONU au Kosovo, ajourd’hui ministre des Affaires étrangères français), Sir Mike Jackson (ancien commandant des troupes britanniques lors du massacre du Bloody Sunday en Irlande, alors commandant des forces d’occupation de l’OTAN, aujourd’hui consultant d’une firme de mercenarait), Agim Ceku (chef militaire de l’UCK, accusé de crime de guerre par l’armée canadienne) et à droite, le général Wesley Clarck (alors commandeur suprême de l’OTAN, aujourd’hui conseiller militaire d’Hillary Clinton).
Le député au Bundestag Willy Wimmer (CDU) écrivait récemment: «Lorsqu’en 1918, le monde d’hier était réduit en cendres et que l’on préparait avec beaucoup de perfidie les fondements du prochain grand conflit, on n’a pas voulu passer beaucoup de temps à chercher les causes de la guerre. On a déclaré que c’étaient les coups de pistolet de Sarajevo qui coûtèrent la vie au couple d’héritiers du trône d’Autriche. Chacun se souvenait de l’événement et l’on n’avait pas besoin de se poser de questions sur ses tenants et aboutissants qui étaient beaucoup plus déterminants que l’attentat de Sarajevo. Jusqu’ici, il n’y a pas eu d’échanges de tirs pendant les négociations sur l’avenir du Kosovo, mais des signatures sur certains documents pourraient avoir le même effet que les coups de pistolet. Les mèches sont là et elles vont d’Irlande du Nord au Tibet et à Taiwan en passant par le pays basque, Gibraltar et le Caucase.»
Hashim Thaci veut proclamer l’indépendance du Kosovo, acte contraire au droit international, «dans quatre à cinq semaines».
La situation actuelle dans les Balkans rappelle de manière inquiétante celle qui a conduit à la Première Guerre mondiale. L’Allemagne et les autres grandes puissances avaient, après des années de troubles, trouvé en 1878, à la Conférence de Berlin, un compromis sur le nouvel ordre de l’Europe du Sud-Est: La province ottomane de Bosnie devait rester turque de jure mais être administrée de facto par l’Autriche. En 1908, Vienne a rompu le traité et a annexé la province également de jure. Là-dessus, en 1914, l’archiduc François-Ferdinand a été tué à Sarajevo.
Quelque 100 ans après, les puissances de l’OTAN ont tenté un compromis semblable: après leur guerre d’agression contre la Yougoslavie en 1999, elles ont imposé au Conseil de sécurité de l’ONU la Résolution 1244 qui maintenait de jure le Kosovo dans la Serbie mais le plaçait de facto sous l’administration des Nations Unies. Mais par la suite, les puissances occidentales se sont montrées favorables à la sécession totale de la province et à sa remise, contrôlée par l’UE, à la majorité albanaise: tel est le projet du négociateur de l’ONU Martti Ahtisaari. Du point de vue du droit international, ce serait possible si Belgrade était d’accord ou si, du moins, le Conseil de sécurité approuvait cette solution. En l’absence de ces conditions, le Kosovo ne peut déclarer son indépendance qu’unilatéralement, par un acte arbitraire illégal. Et c’est précisément ce qui va se passer ces prochaines semaines.
Comme il y a un siècle, les intérêts des Etats d’Europe centrale, de la Russie et du monde musulman se heurtent toujours dans les Balkans. Tout changement violent dans cet équilibre fragile peut avoir des conséquences pour tout le continent.
On a frôlé la guerre mondiale
Dans les jours qui ont suivi le 10 juin 1999, on a pu voir combien l’Europe du Sud-Est pouvait être à l’origine d’un important conflit international. Après 78 jours de bombardements de l’OTAN, l’armée yougoslave était déjà prête à se retirer du Kosovo; l’accord militaire à ce sujet entre Belgrade et l’Alliance atlantique était signé et la Résolution 1244 adoptée. Cependant, tandis que les troupes du président Milosevic se retiraient, des unités russes stationnées en Bosnie, s’avancèrent vers Pristina de manière tout à fait inattendue. Sur leurs chars, les soldats avaient transformé l’inscription SFOR – qui indiquait leur appartenance à la troupe de stabilisation dans l’Etat voisin, sous mandat de l’ONU – en KFOR, sigle de la force d’occupation du Kosovo qui venait d’être décidée. Le président russe Boris Eltsine avait donné son accord pour qu’elle soit constituée sous le haut commandement de l’OTAN mais ses généraux voulaient que la Russie obtienne au moins une tête de pont stratégique.
Le ministre allemand des Affaires étrangères de l’époque Joschka Fischer rappelle dans ses mémoires combien la situation était dramatique: «Les quelques parachutistes russes ne pouvaient pas vraiment défier l’OTAN après son entrée au Kosovo car ils étaient trop peu nombreux et leur armement trop léger. L’occupation de l’aéroport ne pouvait signifier qu’une chose: ils attendaient les renforts aériens. Cela pouvait très vite conduire à une dangereuse confrontation directe avec les Etats-Unis et l’OTAN. [...] La situation devint encore plus dangereuse lorsque fut confirmée la nouvelle selon laquelle le gouvernement russe avait demandé aux gouvernements hongrois, roumain et bulgare une autorisation de survol pour leurs avions de transport de troupes Antonov. Ils avaient l’intention de transporter 10 000 soldats en partie par la voie aérienne vers le Kosovo et en partie vers la Bosnie pour les acheminer ensuite vers le Kosovo par la voie terrestre. L’Ukraine avait déjà accordé la permission mais les autres pays maintinrent inébranlablement leur veto. Mais qu’arriverait-il si les avions russes passaient outre à cette interdiction? Les USA et l’OTAN les empêcheraient-ils d’atterrir ou de débarquer leur chargement une fois à terre ou iraient-ils jusqu’à les abattre en vol? L’éventualité d’une tragédie aux conséquences imprévisibles s’esquissait ici.»
Parallèlement à la guerre des nerfs à propos des avions russes, la crise s’envenima à l’aéroport de Pristina. Les troupes du contingent britannique de la KFOR étaient arrivées rapidement et avaient pointé leurs canons sur les occupants insoumis de l’aéroport. Le haut commandant de l’OTAN, Wesley Clark, ordonna de donner l’assaut mais Michael Jackson, haut commandant britannique de la KFOR, garda son sang-froid et refusa de s’exécuter. Il appela Wesley Clark au téléphone et hurla: «Je ne vais pas risquer de déclencher la troisième guerre mondiale pour vous!»
On ignore comment l’Occident a amené le président russe à stopper les Antonov. En tout cas, le combat de l’aéroport de Pristina n’a été empêché que parce que Jackson est resté ferme. Clark a accepté cet acte de désobéissance. A vrai dire, il aurait dû faire arrêter Jackson par la police militaire. Un général allemand a, par la suite, critiqué cette attitude. «La reculade des Britanniques et des Américains était une mauvaise réponse dans une situation qui n’aurait jamais conduit à un conflit sérieux entre l’OTAN et la Russie», a écrit Klaus Naumann, à l’époque président du Comité militaire de l’OTAN et par conséquent l’officier le plus haut gradé de l’Alliance.
Des missiles sur Bondsteel
Une situation aussi dangereuse peut-elle se reproduire ces prochaines semaines? En 2006 déjà, la Fondation Science et Politique (Stiftung Wissenschaft und Politik, SWP), un des plus importants think tanks allemands, s’inquiétait à propos d’une solution à la question du Kosovo qui serait imposée de l’extérieur: «Ces missions demanderont un engagement diplomatique durable et mettront à contribution les ressources politiques, militaires et financières de l’UE.» Par «ressources militaires», les auteurs entendent la KFOR, qui comprend actuellement 17 000 soldats dont environ 2500 Allemands.
Une intervention pourrait viser non seulement le Kosovo mais également la Serbie proprement dite. La Fondation prévoyait une situation «rappelant la crise de 1999», c’est-à-dire les bombardements. Des troubles au Kosovo pourraient s’étendre aux provinces serbes de Vojvodine et de Sandzak ainsi qu’à la vallée de Presevo. On peut lire plus loin: «Des manifestations de masse impliquant des heurts entre les forces modérées et les forces radicales ou avec la police pourraient conduire à la dissolution des structures étatiques». Si les structures étatiques de la Serbie éclatent, l’UE, conformément à sa conception politique, pourrait endosser le rôle de stabilisateur et apporter une «assistance fraternelle». Les «battle groups» ne servent pas à autre chose.
Examinons les événements prévisibles du printemps 2008. Aussi bien l’OTAN que les Albanais du Kosovo ont exclu catégoriquement de nouvelles négociations, comme le demandaient Belgrade et Moscou. Le 24 janvier, Hashim Thaci, ancien chef de l’organisation terroriste UÇK et depuis peu Premier ministre de la province du Kosovo, a annoncé que la déclaration formelle d’indépendance aurait lieu «d’ici quatre à cinq semaines». Le lendemain, on pouvait lire dans l’«International Herald Tribune» – qui s’appuyait sur des sources diplomatiques – que «l’Allemagne et les USA [étaient] tombés d’accord pour reconnaître l’indépendance du Kosovo» et cela «après le second tour des élections présidentielles serbes du 3 février». C’est ce dont Angela Merkel et George W. Bush étaient convenus. On peut supposer que la Chancelière CDU aura demandé conseil à son camarade de parti Willy Wimmer qui fut pendant de longues années Secrétaire d’Etat au ministère de la Défense sous Helmut Kohl.
Après la proclamation officielle de la «Republika kosova», les communes serbes situées au nord de l’Ibar vont sans doute affirmer leur fidélité à l’égard de la Serbie, donc leur non appartenance au nouvel Etat. On peut imaginer qu’alors des troupes armées des Albanais du Kosovo pénètrent dans les enclaves de la minorité, en particulier dans son bastion Nordmitrovica et répriment brutalement la résistance. Lors d’un semblable début de nettoyage ethnique à la mi-mars 2004, les terroristes skipetaris ont réussi à mobiliser une foule de 50 000 personnes. La violence de cette attaque n’a pu être freinée que parce que les soldats de la KFOR se sont opposés, au moins partiellement, aux extrémistes. Ils en ont tué huit. Dans la situation actuelle, il faut plutôt s’attendre à ce que la KFOR se comporte dans son ensemble comme naguère le contingent allemand au sein de la KFOR: on ferme les yeux et on laisse faire les terroristes. En 2004, dans le secteur d’occupation allemand autour de Prizren, toutes les églises et tous les couvents serbes ont été incendiés. Certes, depuis lors, les Serbes du Kosovo ont constitué des formations d’autodéfense dont la plus tapageuse est la Garde Zar-Lazar qui doit son nom à un héros de la bataille historique d’Amselfeld en 1389. Ces paramilitaires ont annoncé qu’ils lanceraient des missiles sur la base militaire américaine de Camp Bondsteel en cas de déclaration d’indépendance du Kosovo. Il est difficile de savoir s’il s’agit là d’une fanfaronnade ou d’un projet sérieux. Selon des connaisseurs de la région, il est possible que derrière l’étiquette de Zar Lazar se cache une bande de provocateurs de services secrets occidentaux.
Dans l’intérêt des pays membres de l’OTAN, la sécession de la province doit en tout cas faire le moins de vagues possibles et s’effectuer sans conflits militaires. On s’accommode des protestations diplomatiques de la Russie et même de petits pays de l’UE comme la Slovaquie, la Roumanie et Chypre. La Fondation Bertelsmann, proche du gouvernement, a, dans une étude de décembre 2007, mentionné l’exemple de Taiwan: On sait que cette république insulaire n’a été reconnue que par un petit nombre d’Etats et qu’elle n’a pas de siège aux Nations Unies mais qu’elle jouit depuis 60 ans d’une certaine stabilité et même d’une certaine prospérité. Le souhait des Etats membres de l’OTAN serait probablement que les Albanais du Kosovo, après la proclamation d’indépendance, renoncent à la violence à l’encontre de la minorité serbe et ne touchent pas, dans un premier temps, à leurs structures d’autoadministration dans le Nord. Si l’OTAN bloquait simultanément tous les liens avec la Serbie, les Serbes de Mitrovica n’auraient, à la longue, plus d’autre choix que de s’accommoder des nouveaux potentats autour de Hashim Thaci.
Cette stratégie de victoire soft des sécessionnistes pourrait cependant être contrecarrée assez facilement. La «Frankfurter Allgemeine» (FAZ) exprimait ses craintes fin 2007: «Les Serbes pourraient fermer le lac de barrage de Gazivodsko Jezero, situé dans la partie du Kosovo contrôlée par les Serbes et priver ainsi d’eau de nombreuses régions du Kosovo. Cela aurait des conséquences pour l’approvisionnement en électricité, déjà insuffisant, du Kosovo car l’eau de ce lac sert à refroidir les installations de la centrale à charbon, non loin de Pristina.» L’OTAN réagirait rapidement par la force contre cette opération relativement facile à mener: une troupe de paramilitaires suffirait à occuper le barrage. «On songe déjà, précise la FAZ, à faire intervenir la KFOR pour empêcher cela, mais alors le niveau de confrontation militaire que l’Occident voudrait justement éviter serait atteint».
La Serbie peut riposter
Comment le gouvernement de Belgrade réagirait-il si les Albanais et des soldats de l’OTAN tiraient sur des Serbes? Poursuivrait-il sa politique actuelle consistant à ne pas intervenir militairement? C’est la tendance avant tout du parti gouvernemental le plus fort, celui des Démocrates (DS) autour du président Boris Tadic et du ministre de la Défense Dragan Sutanovac. Le petit parti de la coalition, le Parti démocrate de Serbie (DSS) du Premier ministre Vojislav Kostunica est un peu plus audacieux. Son conseiller Aleksandar Simic a déclaré expressément que chaque Etat avait le droit de recourir à la force des armes pour protéger son intégrité territoriale. Mais en cas de crise, c’est le Conseil de la Défense et le Président qui ont la haute main sur l’Armée, c’est-à-dire, en fait, Tadic. En conséquence, l’Occident ne devrait pas s’inquiéter… s’il n’y avait pas prochainement d’élection présidentielle. Le candidat du Parti radical (RS) Tomislav Nikolic a de sérieuses chances d’être élu. En 2004 déjà, il avait mis Tadic en ballottage et avait été battu de peu. Indignée de l’imminente dissidence du Kosovo, une majorité de citoyens pourrait l’élire cette fois. L’Armée serbe serait alors placée sous le haut commandement d’un homme politique qui plaide en faveur de l’établissement d’une base militaire russe dans le pays et dont le parti possédait sa propre milice au moment des guerres des années 1990.
Cette perspective bouleverse le calendrier des sécessionnistes. Le Conseil européen voulait en fait décider le 28 janvier de l’envoi au Kosovo d’une troupe de quelque 2000 policiers – contre la volonté de Belgrade et donc contre le droit international, mais nécessaire pour sécuriser la sécession. Mais comme le 28 janvier précède de peu le deuxième tour de l’élection présidentielle décisive du 3 février, cela constituerait une provocation favorable à Nikolic. La question va donc être différée. Bruxelles va, le même jour, offrir un accord d’association à l’ancien Etat voyou et renoncer avec bienveillance à la condition posée jusqu’ici, c’est-à-dire l’extradition des «criminels de guerre» Radovan Karadzic et Ratko Mladic. L’UE espère que cela va apporter à Tadic les voix dont il a besoin. Cependant les eurocrates se sont sans doute trompés dans leurs calculs: selon des sondages de la fin décembre 2007, trois quarts des Serbes préféreraient renoncer à adhérer à l’UE plutôt qu’abandonner le Kosovo.
Belgrade a actuellement le soutien de Madrid. Selon le quotidien serbe «Express» du 11 janvier, le Premier ministre José Zapatero aurait obtenu l’assurance d’autres gouvernements de l’UE que le Kosovo ne proclamerait pas son indépendance avant le 10 mars – donc quatre semaines après la date annoncée par Thaci – car le nouveau parlement espagnol doit être élu à cette date. Le gouvernement socialiste veut ainsi empêcher les mouvements séparatistes espagnols d’utiliser le précédent balkanique comme argument dans la campagne, les Basques ayant déjà commencé à le faire. En réaction, la majorité des Espagnols pourrait alors être tentée de sanctionner les socialistes que l’opposition conservatrice accuse d’être trop indulgente à l’égard des régions désireuses de faire sécession. Ces retards de calendrier mettent toutefois à rude épreuve la patience des Albanais du Kosovo. On peut craindre qu’ils essaient de donner un coup de pouce à la décision diplomatique en se livrant à quelques actions violentes spectaculaires. On se demande comment les puissances membres de l’OTAN … et les Russes réagiraient dans ce cas. Ces derniers élisent également ce printemps un nouveau président et tout candidat qui abandonnerait le frère slave devrait s’attendre à perdre des voix.
*Jürgen Elsässer vient de publier l’ouvrage intitulé «Kriegslügen. Der Nato-Angriff auf Jugoslawien».
(cf. page 10)
(Traduction Horizons et débats)
Intrigue takes Afghanistan to the brink
Intrigue takes Afghanistan to the brink
By M K Bhadrakumar
06.02.2008
The people in the Amu Darya region in northern Afghanistan would vouchsafe that General Rashid Dostum’s behavior can be depended on as an unfailing barometer of their country’s political climate. The tough Uzbek leader from Shibirghan keenly reacts when tensions begin to mount in his country. The brief three-year spell between 1998 and 2001 was an exception when the Taliban regime forced him into exile in Ankara, Turkey. But no sooner had the September 11, 2001, attacks taken place, Dostum found his way back to Afghanistan.
On Sunday night, Dostum appeared on the roof of his villa in the upmarket Kabul district of Wazir Akbar Khan and showered invectives at a detachment of 100 Afghan police officers who surrounded his compound with assault rifles and machine guns mounted on pick-up trucks. (The police later lifted the siege after receiving orders “to hand the case over to the judiciary for investigation”.)
The “case” involved an incident earlier in the evening when Dostum, accompanied by 50 heavily armed men, entered the house of his estranged former political aide Akbar Bay and allegedly assaulted and kidnapped him. The police later rescued Bay and had him hospitalized. Two of Bay’s bodyguards were shot. Dostum’s associates later alleged that the Afghan government was plotting against their leader. They warned, “If General Dostum is surrounded and anyone touches even one hair on Dostum’s head, they must know that seven or eight northern provinces will turn against the Kabul government.”
They feigned indignation, “Certainly, we were not expecting that from the security forces – particularly from the Interior Ministry – to surround the house of General Dostum in Kabul, he holds a higher position than the Interior minister.” Dostum, who leads the political party Junbish-i-Milli and holds the symbolic post of chief of staff to the commander in chief, has an uncanny knack for appearing on the center stage whenever Afghan politics is at a crossroads. Of course, the most famous instance was in 1990.
That was also in Kabul in another extraordinary tension-filled time when the blame game had already begun, the Soviet Union was on the wane as a superpower, Mohammad Najibullah’s regime was on its last legs and the Afghan mujahideen forces were stealthily advancing on their capital city – like the Taliban today. In the summer of that fateful year, Dostum, who was the Praetorian Guard of Najibullah’s regime, began negotiating with Ahmad Shah Massoud, blurring enemy lines, possibly with Soviet encouragement, and paved the way for the mujahideen takeover in Kabul. The rest, as they say, is history.
Vying to succeed Karzai
That is why such incidents as Sunday night’s can be pregnant with possibilities. It happened in the prestigious residential district of Kabul where the Afghan elite and foreigners live, far away from the Uzbek heartland on the Amy Darya, which is Dostum’s power base, and such incidents often tend to have strong undercurrents that may simply refuse to go away. At any rate, as Radio Liberty pointed out, Dostum “consistently chafed at central authority out of Kabul” and caused “embarrassment” to President Hamid Karzai’s government and highlighted a “smoldering debate over the influence of current and former warlords whose actions undermine the rule of law and public confidence in central authorities”.
But what remains unclear from the Radio Liberty report is whether Dostum acted on his own, which is improbable, or whether he felt encouraged to enact a drama, which is not unlikely. Dostum can be theatrical – in fact, he mostly is. No doubt, as the Western media highlighted, Sunday’s incident underscored that even in the capital city of Kabul, Karzai’s authority has weakened.
The incident comes soon after another Northern Alliance leader, Abdullah Abdullah (whom Karzai unceremoniously removed from office as foreign minister) , suddenly showed up in the US out of nowhere after a gap of nearly three years, meeting influential think-tankers and American officials and leveling devastating criticism against Karzai’s leadership qualities as president.
The protagonists of the erstwhile Northern Alliance are coming out of the woodwork. But are they being encouraged to do so? Even though the presidential election is due only in end-2009, an element of uncertainty has gradually come to envelop the Afghan political landscape – the sort of haze that one associates with long sunsets. Former Afghan Interior minister Ali Ahmad Jalali, who fell out with Karzai, is also being lionized in Western capitals as a potential candidate in the presidential race.
The friends of Zalmay Khalilzad, the US ambassador to the United Nations and an ethnic Pashtun, have launched an altogether independent campaign sponsoring his candidacy to the post of president. From all appearances, the search has begun for a worthy successor to Karzai.
Britain’s covert operations
Therefore, the latest “leak” by the Karzai government about Britain’s controversial role in the “war on terror” has hidden meanings. If the calculation of Western intelligence is to threaten Karzai by reviving the political profile of his detractors, that doesn’t seem to work. Karzai is certainly not impressed. He is retaliating. Over last weekend, the intelligence apparatus in Kabul has almost dealt a fatal blow to Britain’s reputation in the “war on terror”. Such a thing couldn’t have happened without political clearance at the highest level in Kabul.
The Independent newspaper of London reported on Monday that according to Afghan intelligence sources, Britain has been talking to the Taliban without the knowledge of the Karzai government and working on a top-secret plan to train renegade Taliban fighters in a special camp and set them against Mullah Omar’s militia. The training camp is to be set up outside Musa Qala in Helmand province. The Independent claims unnamed British diplomats, the UN and other Western officials have confirmed the outline of Britain’s clandestine project. Apparently, British agents have been paying the Taliban out of slush funds.
Indeed, we may be seeing only the tip of the iceberg. But the sensational leak leads us to reassess many recent happenings – the North Atlantic Treaty Organization’s much-touted operation to capture Musa Qala on December 11; the Afghan government’s expulsion of the acting head of the European Union mission in Kabul, Michael Semple, a Briton, and the third-ranking United Nations diplomat in Afghanistan, Mervyn Patterson, an Irishman, on December 25; Mullah Omar’s sacking of senior Taliban commander Mullah Dadullah on December 29.
The big question is: was Britain acting alone? Most certainly, not. US forces played a big role in the Musa Qala operations in December. In fact, B-52 bombers attacked Musa Qala before the Americans and British entered what was left of the town. After Musa Qala’s “liberation”, on January 13, American ambassador in Kabul William Wood visited the town and met renegade Taliban commander Mullah Abdul Salaam in charge of the area.
Wood told the Taliban commander: “You can count on the support of the United States … The eyes of the world will be on Musa Qala … We want to see the voice of the people of Musa Qala represented in the government of Lashkar Gah and the government of Kabul through Mullah Salaam’s voice. And we want to see the government of Kabul and the government of Lashkar Gah represented in Musa Qala through Mullah Salaam’s voice.”
Karzai strikes back
Exactly a week after Wood’s meeting with Mullah Salaam in Musa Qala, Karzai struck. While on a visit to Davos, Switzerland, in a series of high-profile press interviews with the Western media, he displayed an uncharacteristic defiance. He told the Times newspaper of London, “We Afghans suffered after the arrival of the British forces. Before that, we were fully in charge in Helmand. When our governor was there, we were fully in charge. They came and said, ‘Your governor is no good.’ I said, ‘All right, do we have a replacement for this governor, do you have enough forces?’ Both the American and the British forces guaranteed to me they knew what they were doing and I made the mistake of listening to them. And when they came in, the Taliban came.”
He then told the BBC that Paddy Ashdown couldn’t become the UN’s super envoy to Afghanistan. Thereafter, Karzai went on to comment in his interview with Die Welt, “I’m not sure sending more NATO forces is the answer.” In yet another interview with CNN, Karzai pointed the finger at the “misguided policy objectives” of certain countries and organizations, which he refused to name, as contributing to the violence in Afghanistan. Talking to The Washington Post, Karzai said, “It war will make a difference when the Americans are clear and straightforward about.
this fight,” adding that the US should “mean what they say … and do what they say”.
Significantly, in the Washington Post interview, Karzai went out of the way to underline that his problem was not with Islamabad or Tehran. He said he found Pakistan President Pervez Musharraf “more cognizant of the problems of extremism and terrorism. And that’s a good sign, and I hope we will continue in that direction … we do see eye-to-eye more than before on this question … Oh, he Musharraf absolutely agrees that there is a problem and that we have to fix it.”
On Afghan-Iranian relations, Karzai point-blank said, “We have had a particularly good relationship with Iran the past six years. It’s a relationship that I hope will continue. The United States very wisely understood that it was our neighbor and encouraged that relationship … the United States has been very understanding and supportive that Afghanistan should have a relationship with Iran.”
Karzai was hitting back at Washington and London. Make no mistake about it. He was retaliating against a systematic Western attempt to undercut his political stature and his authority. How much of the Western game plan stems from a well-thought out strategy aimed at replacing Karzai is difficult to tell at the moment. But, without doubt, there is an attempt to browbeat him and to discredit Karzai’s own endeavor in the recent period to distance himself from his Western backers.
Karzai’s refusal to allow the hare-brained American plan to eradicate opium poppies by crop spraying; his warming up to Musharraf; his refusal to review the decision to expel the two EU and UN diplomats, despite heavy diplomatic pressure from London; his insistence on friendly feelings toward Tehran; his spats with Britain; his pouring cold water on the candidacy of Ashdown (knowing full well it was a joint Anglo-American decision at the highest level) – surely, a pattern has emerged.
Afghan sense of independence
Maybe, as the Independent newspaper sarcastically noted, Karzai is simply overworked. “He Karzai has not had a holiday since September 11, 2001, and he is showing signs of fatigue, contributing to the whispering campaign against him and talk of his ‘misjudgment’ in taking on the powerful donor countries. Maybe he should consider a – short – vacation soon,” the daily concluded a highly critical commentary.
But what the Western capitals don’t want to concede easily is that Karzai would have his reasons – including some genuine ones – for putting the powerful donor countries in their place. First, he is as proud an Afghan as any in the Hindu Kush, no matter the circumstances of his elevation as the president of Afghanistan six years ago.
Today, he is in an unenviable position. On the one hand, he is denounced in the Afghan bazaar as a “US puppet”, and on the other hand the powerful donor countries constantly trample on his authority and conduct themselves as if Afghanistan is NATO’s colonial outpost.
Karzai seems to have decided that he won’t allow himself to be taken for granted any longer. A limit is certainly reached when a powerful donor country begins its own clandestine “war on terror” on Afghan soil directed against Afghan people without even informing him or anyone in his government – and Afghan intelligence operatives learn about it accidentally from the memory stick of a laptop. The sensational leak by Afghan intelligence about Britain’s covert war in Afghanistan must be seen in perspective. If Anglo-Afghan relations have sunk to such a low point, is Karzai to be blamed?
Given the backlog of history in the region, Britain should never have cast itself in a lead role in an Afghan war, howsoever compelling the geopolitical compulsions of containing Russia or China might be. Afghans still take pride in the Anglo-Afghan wars. Equally, it is a gross error of judgement on Washington’s part to have overlooked this fact.
Besides, NATO’s war isn’t going too well, to say the least. Karzai cannot be faulted if he visualizes that it is an uphill task for the lame duck administration in Washington to bring about an historic course correction to the war at this stage.
He would be sensing that the blame game is poised to escalate and it is prudent to distance himself. Again, Karzai is savvy enough to read the political message when powerful donor countries begin to destabilize him by openly or surreptiously sponsoring his detractors, like Abdullah or Jalali or Dostum. He feels bitter that he has been used by Western powers and is now being summarily dumped.
It shouldn’t come entirely as a surprise, therefore, if Karzai too – somewhat like his counterpart in neighboring Pakistan – chooses to drape himself in the Afghan flag and declare unilateral independence. Beyond the call of self-respect or good old-fashioned nationalism, it is also a shrewd survival instinct in challenging Afghan conditions.
Washington could consult the Soviet archives and still learn a few things about Afghanistan – how the comrades in Kabul in the 1980s and 1990s, who veteran Politburo members in Moscow considered to be their helpless surrogates in an impoverished Third World country, often dictated how proletarian internationalism should operate under pristine Marxist-Leninist principles.
M K Bhadrakumar served as a career diplomat in the Indian Foreign Service for over 29 years, with postings including India’s ambassador to Uzbekistan (1995-1998) and to Turkey (1998-2001).
HISTORICAL PRECEDENT: UNDERSEA CABLES CUT AS PRELUDE TO WAR
HISTORICAL PRECEDENT:
UNDERSEA CABLES CUT AS PRELUDE TO WAR
Early in the morning on January 17, 1917, the duty officer at British Naval Intelligence opened a pneumatic tube, examined the wireless German intercept it contained and concluded that it was nothing of obvious significance. Indeed, to the duty officer it looked like thousands of other messages that had been intercepted since the beginning of the war some thirty months ago. To two others on duty at Whitehall that morning, the intercept would soon take on another meaning.
Secretly assigned to cryptographic work, Reverend William Montgomery, a gray-haired scholar of forty-six, and Nigel de Grey, a thirty-one year old publisher on loan from the firm of William Heinemann, were the first to work with the intercept. On initial examination, DeGrey found the telegram to consist of rows of numerals arranged in groups of four and five with a sprinkling of three-number groups. The numbers gave absolutely no hint whatsoever of any hidden message. DeGrey noticed at the outset, however, that the message was unusually long and contained over a thousand groups of numbers.
He also noted that the top group of numbers in the message, 13042, amounted to a variant of 13040, the title number of the German diplomatic code. Turning then to a reconstructed German codebook for code 13040, the decoders first tried to come up with the signature. Both DeGrey and Montgomery recognized that the signature in this case used high numbers, 97556, usually indicated someone highly placed in the German government. They soon discovered that Arthur Zimmermann, the German Foreign Secretary, had likely sent the message. DeGrey and Montgomery then began work to determine the recipient of the message.
The key jumped out when they discovered that in the address portion of the message there appeared the words “For Your Excellency’s personal information. Since the message had been sent to the German Embassy in Washington, this meant the German Ambassador, Count Johann von Bernstorff was the recipient.
As the two continued with their analysis, they both felt that the German communication seemed very ordinary. This changed when they determined that the number sequence for Mexico appeared. With their interest now alerted, they then came up with the words alliance and later Japan. In fact the decoders came up with the phrase “us and Japan.” Both questioned what this could mean. Was Japan about to switch sides in the war? After several more hours of work, an intelligible version of what had been said in the intercept became clear.
The intercept fell into two parts. The first and longest addressed to von Bernstorff informed him of Germany’s intention to resume unrestricted submarine warfare on February 1 meaning that the Germans would sink neutral as well as enemy merchant shipping located in the war zones. Bernstorff was instructed not to deliver the message to the United States until February 1. The second part of the message read, “For Your Excellency’s personal information and to be handed on to the Imperial Minister in Mexico by a safe route.” The still not completely processed message stated that if Germany was not successful in keeping the United States neutral, then Germany proposed an alliance with Mexico for the joint conduct of the war and its conclusion.
DeGrey and Montgomery essentially were both astounded with their find. The intercept, they felt, would propel America out of its neutrality. That neutrality President Woodrow Wilson had maintained for several years using every diplomatic means conceivable to bring an end to the war and to prevent the Germans from resorting to submarine warfare. Yet there was a portion of the intercept that the two decoders had been unable to reconstruct. After literally weeks of effort they produced Germany’s promise to assist Mexico “to regain by conquest her lost territories in Texas, Arizona, and New Mexico.” DeGrey and Montgomery now concluded that if their work had produced potentially explosive results up to this point, this disclosure would further enhance the potential influence of Zimmermann’s remarks.
They decided to call in Admiral Sir William Reginald Hall, the Director of British Naval Intelligence. Upon reviewing the intercept, Hall recognized immediately that he held in his hands a document that could either produce a miracle, get America to enter the war on the allied side, or it could cut off the source of allied supplies and convince the Americans to remain neutral. Admiral Hall understood that Zimmermann was counting on the fact that if the Americans entered the war on the side of the allies, then he wanted to do something to keep the Americans busy on their side of the Atlantic, in this case dealing with potentially both Japan and Mexico as enemies.
He also felt that Zimmermann was banking on the possibility that German submarines could sink ships faster than the Americans could build them and send them to Britain loaded with supplies. But how could Admiral Hall reveal to the Americans the content of the Zimmermann intercept without at the same time revealing how the information had been obtained? Further, if the Germans discovered their code had been broken, they would select another and an extremely valuable source of intelligence would dry up. Hall concluded he could not risk disclosure.At the outset of the war, the Germans had five transatlantic cables that ran through the English Channel. One went to Brest in France, another to Vigo in Spain, one to Tenerife in North Africa and two to New York via the Azores. The English cable ship Telconia cut them all in England’s first offensive action in the war.
This left a cable that ran between West Africa and Brazil that was largely American-owned that the Germans could use. In short order the allies ended that source of direct cable communications with the overseas world. Consequently, Germany was forced to use their powerful wireless station at Nauen, just a few miles outside Berlin. From this moment, German messages were routinely picked from the air and began pouring into the offices of British Naval Intelligence. In order to capture this flood of information, four new allied listening stations were established along the English coast with direct wires to Admiral Hall’s offices.
The positive result from this investment could not be overemphasized.When Arthur Zimmermann dispatched his now infamous coded telegram, he elected to do so over three different routes. The message was transmitted from the German wireless station at Nauen and also over a cable controlled by the Swedish government. The Germans had agreed they would send their diplomatic traffic to the United States and elsewhere over this transatlantic cable. They also had the message typed out by an American embassy clerk and sent across the Atlantic over the U.S. State Department cable as instructed by Colonel House. Admiral Hall’s operatives intercepted all three messages.
When the German government made the decision to employ unrestricted submarine warfare, President Wilson, who had struggled to attain a peace in Europe without victory and who had worked extensively with the British and the German governments, now felt his policies and many attempts to peace had led to nothing. Still committed to maintaining America’s neutrality, President Wilson clung to the idea of not getting involved in the war in Europe, even against the advice of Robert Lansing, his Secretary of State.
When Wilson finally learned of the Zimmermann telegram and that British Intelligence had intercepted it in Mexico, Admiral Hall did not want President Wilson to know that the British were intercepting American cables as well; the last stone had been cast. President Wilson directed Secretary Lansing to release the telegram to the press. On Thursday, March 1, 1917, the text of Zimmermann’s telegram appeared in the Times and the World, both New York newspapers.
The reaction across the United States to the publication of the Zimmermann telegram according to Secretary Lansing was profound. When Arthur Zimmermann publicly admitted to having sent the telegram, America seemed to sit up and gasp. Newspapers across the country took the telegram to be a direct threat to the United States. The Detroit Times expressed it perhaps best when an editor’s comment said,” It looks like war for this country. All these papers had been ardently neutral until Zimmermann shot an arrow in the air and brought down neutrality like a dead duck.” On April 2, President Wilson asked Congress for a declaration of war.
For Zimmermann the entire effort involving the telegram had been a minor plot. For Americans, the entire affair killed the illusion that the United States could go about its business separate from other nations.
For most Americans it was the end of innocence.
